On se souvient de l’émouvant hommage que le chef de l’État rendit à , dans la cour de la Sorbonne. Il donnait en exemple ce malheureux professeur, soulignait qu’il était « devenu […] le visage de la République, de notre volonté de briser les terroristes, de réduire les islamistes » et concluait par cette résolution : « Nous continuerons, oui, ce combat pour la liberté et pour la raison dont vous êtes désormais le visage […] »

On aimerait être certain qu’, descendu de son piédestal élyséen, était redevenu humain, qu’il ne profitait pas de l’émotion suscitée par cette exécution barbare pour se mettre en valeur comme défenseur des valeurs républicaines, qu’il était, pour une fois, absolument sincère et dépourvu de toute arrière-pensée. Depuis cette cérémonie, des informations précises sont venues semer le doute sur le soutien inconditionnel des autorités publiques à ce professeur, qui ne faisait que son métier.

On apprend ainsi, dans l’hebdomadaire Le Point, que sa hiérarchie ne l’a pas toujours soutenu, quand des parents d’élèves se sont plaints de son cours sur la liberté d’expression. Si la principale du collège a immédiatement été à ses côtés, un inspecteur de la vie scolaire, référent laïcité dans l’académie de Versailles, aurait mis en cause « l’erreur » de Samuel Paty. Dans un courriel adressé au chef d’établissement, il lui annonce une réunion, expliquant que « cet entretien porter[ait] notamment sur les règles de laïcité et de neutralité que ne semble pas maîtriser M. Paty ».

L’inspecteur ajoute que « cet entretien permettra aussi de cadrer la rencontre prévue le soir même entre l’enseignant et des mères d’élèves [en présence de la principale] », qu’il invite, par ailleurs, à une réunion sur les « questions vives » de laïcité avec l’équipe académique valeurs de la République (EAVS). Il précise que « l’exemple de votre collègue pourra ainsi être rapporté et étudié avec grand intérêt, de manière à produire des outils et ressources utiles pour tous les enseignants ». La tragédie qui est en train de se nouer est réduite à une étude de cas !

Au cours de l’entretien, « M. Paty a reconnu avoir fait une erreur. Il ne voulait pas froisser les élèves en utilisant une caricature comme support pédagogique et il les a froissés en laissant supposer qu’il s’adressait aux musulmans », donnant à penser « qu’un critère religieux pouvait induire des activités pédagogiques différentes pour une même classe ». Il concède qu’« à aucun moment le manquement n’a été intentionnel et cela a été très ponctuel ». Et de conclure, au cas où ce professeur demanderait la protection fonctionnelle : « Je suis d’avis de solliciter de M. Paty un écrit sur l’incident et le déroulement de cette semaine et de se décider sur cette base. »

Il ne faut pas jeter la pierre à cet inspecteur, qui n’est sans doute que le produit de la technocratie qui déconnecte l’administration de la réalité. Il a probablement mésestimé la gravité des faits et n’a pas mesuré les conséquences fatales de ses atermoiements. Cette absence de lucidité, cette imprévoyance, ces lourdeurs qui font obstacle à des décisions rapides détonnent avec le portrait idyllique dressé par Emmanuel Macron, comme s’il voulait faire oublier, en l’occurrence, les carences de l’État.

Le rectorat, le ministre, les plus hautes autorités ont beau souligner que l’institution scolaire a toujours été « en soutien » de l’enseignant, on a le sentiment qu’ils n’ont pas toujours été à la hauteur de la situation.

22 novembre 2020

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