Acte I : l’association Civitas dépose une déclaration préalable à une manifestation en préfecture en vue d’une messe devant se tenir en plein-air à Clermont-Ferrand, le 22 novembre, à 15 h 30. L’association familiale catholique (AFC) de Clermont-Ferrand dépose, elle aussi, une déclaration pour une manifestation.

Acte II : le 18 novembre, la préfecture interdit ces manifestations sous prétexte que l’on y prierait.

Acte III : Civitas saisit le tribunal administratif qui casse la décision préfectorale : « Il ne résulte pas des dispositions en vigueur qu’une manifestation sur la voie publique puisse être interdite, au seul motif qu’elle pourrait être regardée comme la manifestation extérieure d’un culte. » (Le tribunal administratif de Paris a de même cassé une décision similaire du préfet de police).

Acte IV : le 21 novembre, soit la veille de la manifestation, la préfecture interdit la manifestation/messe de Civitas pour des raisons sanitaires. Il modifie, en outre, le motif d’interdiction de la manifestation de l’AFC qui n’aurait pas contesté cette décision.

Le dénouement de l’acte V n’est pas encore connu à l’heure où mes doigts frappent mon clavier.

Bien sûr, pour le commun des mortels, et beaucoup de catholiques compris, Civitas, c’est presque le diable ! Pour les catholiques, ce genre de préjugé est sans doute grave. Quand bien même ils ne seraient pas en parfaite communion avec l’Église, ils ne sont pas en dehors et les simples conciliaires (comme je revendique de l’être) n’ont pas à les regarder de haut. Et puis, être qualifié de « catho intégriste », aujourd’hui, par un quidam, c’est simplement ne pas être honteux de s’affirmer publiquement catholique, et ne pas s’en excuser. On s’habitue à de telles reductio ad catholicum integristum sur les réseaux sociaux.

Mais au sein de Civitas, il y a des citoyens comme les autres, qui sont sujets de droit comme les autres. Tous les citoyens, catholiques ou non, devraient les remercier d’être pugnaces tout en respectant jusqu’à présent les lois, mêmes iniques et arbitraires et mal interprétées par des tyranneaux d’intérêt local.

Le principe de Hanlon demande de ne pas suspecter de malignité quand la bêtise suffit à expliquer une situation. Cette vision irénique est ici dépassée, cette décision sent autant l’ineptie que la volonté de nuire. C’est encore une illustration emblématique du « et en même temps » aussi bête que méchant. Si la raison de l’interdiction était sanitaire, le préfet l’aurait invoquée dès le début. Là, il outrage la des croyants parce qu’il a perdu la face, il ridiculise la fonction de préfet et il achève la présomption de neutralité de l’État, déjà moribonde.

Alors, résumons.

La liberté de culte n’existe plus : les préfets s’en chargent localement. La liberté de circuler est gravement entravée et, quand c’est possible, soumise à des tracasseries administratives tout aussi ineptes qu’inutiles. La liberté d’opinion et d’expression est menacée par cette loi Avia bis pour laquelle le pouvoir envisagerait de modifier la Constitution. Les censures diverses s’accentuent avec un asservissement structurel des médias et leur mise sous tutelle. La liberté de commercer est de plus en plus réservée aux mastodontes type hypermarchés et GAFAM. Tant pis pour les petits commerçants.

La tyrannie est en marche. Il faudra bien soit se résoudre à effacer le mot « Liberté » de notre devise et de nos frontons, soit employer tout moyen acceptable pour arrêter le flot continu de ces totalitaires mesures de réduction de nos libertés. S’il existe une métrologie de l’exaspération populaire, nul doute que nous sommes très très près du seuil critique au-delà duquel des pertes de contrôle (irréversibles ?) sont à prévoir. Mais qui croit aux oracles de Cassandre ?

22 novembre 2020

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