Editoriaux - Politique - Table - 30 mai 2018

Évacuation du camp du Millénaire : la trente-cinquième, dans Paris, en trois ans !

Madame Hidalgo est contente : elle a réussi, dit-elle, à faire “avancer” (sic) l’évacuation du camp du Millénaire, dans le XIXe arrondissement de Paris. Prévue le 5 juin, celle-ci a débuté ce mercredi 30 mai aux aurores. Cinq jours, rendez-vous compte ! Ça change tout, c’est évident.

C’est qu’elle s’active, madame Hidalgo. Depuis la fin de la trêve hivernale, elle se rend chaque semaine porte de la Villette pour y visiter les malheureux de son « petit Calais ». Notre brune Mère Teresa y réclame, à cor et à cri, l’intervention de l’État, de la police, des pompiers, de l’armée, peut-être. Elle nous avait pourtant vendu sa bulle jaune et blanche, installée à grand renfort de com” et de millions (6,5 millions d’euros pour le contribuable parisien) dans le XVIIIe voisin, porte de la Chapelle. Une initiative gonflée qui vient d’être dégonflée après dix-huit mois de service, avant, nous assure-t-on, d’être regonflée ailleurs.

Gérée par Emmaüs Solidarité, la bulle a accueilli plus de 25.000 migrants et enregistré 60.000 passages d’exilés. Chiffres intéressants qui pourront servir aux petits enfants à comprendre les fractions puisqu’il s’agit là, dans la seule ville de Paris, des migrants qui acceptent de se faire recenser.

Querelle de mots entre la mairie et l’État, Anne Hidalgo parle pieusement de “mise à l’abri” et de devoir humanitaire, quand le ministre Gérard Collomb prononce l’horrible mot d’“évacuation”, insupportable aux belles âmes. Reste que le résultat est identique.

Ainsi, le jour J est arrivé à la Villette et, ce mercredi 30 mai, on a officiellement recensé 1.700 migrants dans le camp du Millénaire. La semaine passée, ils étaient, paraît-il, 2.300. Si je compte bien, en quelques jours, 600 personnes, prévenues et sans doute aidées par les associations, se sont généreusement égayées dans la nature. Elles vont aller grossir la nouvelle jungle de Calais, ou plus certainement recréer un camp dans ce nord parisien qui les voit, au fil des mois, se déplacer du métro aérien au canal Saint-Martin, puis du canal Saint-Martin au canal de l’Ourcq. Mais qu’importe, n’est-ce pas, nos arrondissements populaires peuvent bien ajouter la misère à la misère et les campements au logement social.

Pour information, le logement social représentait 19,9 % des résidences principales à Paris en 2016, avec un objectif de 25 % en 2025 (loi Duflot). Le XIXe arrondissement arrive en tête avec plus de 40 % de logement sociaux, alors, un camp de plus ou de moins, hein, quelle importance… Mais comme l’écrivait le magazine Challenges, en octobre dernier, “si l’effort de l’ancien maire Bertrand Delanoë et de l’actuelle édile de la Ville Lumière, Anne Hidalgo, est réel, cette politique s’est surtout traduite par une diminution… du nombre de résidences principales dans le parc privé”. À comprendre, bien sûr, comme je vous l’écrivais récemment, que Paris voit s’enfuir à toutes jambes ses classes moyennes, cédant le terrain libre aux très fortunés et aux très pauvres…

Dans la guerre des mots qui oppose la mairie et l’État, madame Hidalgo réclame “une mise à l’abri inconditionnelle pour tous les migrants à la rue”. Mais oui, mais oui. À quoi le ministre Collomb a répondu qu’il attendait “un travail partenarial avec la mairie de Paris, pour aménager l’ensemble des lieux [où les migrants sont installés] afin qu’ils ne reviennent pas”. Impensable, répond le camp d’en face : “Pas question que la Ville installe du mobilier urbain anti-SDF au Millénaire, ou ailleurs !” “Pour éviter de nouveaux campements, il est essentiel que l’État mette en place des dispositifs pérennes et fluides d’accueil et de prise en charge des migrants.”

On la comprend, madame Hidalgo. Elle ne veut pas se brouiller avec les quelques électeurs qui lui restent, tous ces bobos au grand cœur qui vivent dans les arrondissements centraux de la capitale, ceux où “logement social” s’écrit “Airbnb”.

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