Editoriaux - Environnement - 17 janvier 2019

Et si on favorisait une écologie conservatrice et postmoderne ?

L’écologie est devenue incontournable. Pour certains, on n’en fait pas assez. Pour d’autres, on en fait trop. Quoi qu’il en soit, elle est devenue clivante, parfois délirante.

Et, surtout, elle reste l’apanage à la fois d’un humanisme et d’un capitalisme sur le déclin ; en somme, les idéologies qui sont à l’origine même de la dégradation de notre planète. Les humanistes en tant que super-prédateurs proliférant partout au détriment des écosystèmes sans jamais chercher à s’autoréguler, et les capitalistes au nom du rendement, de leur quête effrénée de progrès, de croissance économique, du “toujours plus” prométhéen. Or, l’écologie devrait être le moyen de sortir par le haut des outrances de l’humanisme et du capitalisme. Au lieu de cela, elle s’enfonce chaque jour un peu plus dans le dogmatisme au nom duquel on s’autorise à toujours plus contraindre les peuples, là où, justement, on devrait les libérer et les protéger.

Et puis est arrivée cette fameuse surtaxe sur les produits pétroliers qui a contenté les écolos de tous bords. D’un côté, on taxe et brime toujours davantage les classes moyennes et populaires et, de l’autre, on engraisse la finance apatride, en essayant de maintenir une croissance économique qui n’a plus de sens et qui est le véritable monstre froid de notre planète. Écologie du fric, de bobos et de technocrates totalement déconnectés de la réalité des peuples. D’ailleurs, les peuples n’auraient-ils pas leur mot à dire sur l’écologie ? Ne sont-ils pas les garants les plus fiables et les plus légitimes de l’ordre naturel et de sa préservation ?

Et si le mouvement des gilets jaunes, fort éparpillé dans ses revendications, dans les méthodes à utiliser pour gagner en pouvoir d’achat, se plaçait, demain, sous la bannière d’une écologie conservatrice et populaire ? Plus de réel pour moins d’abstractions. Plus de qualitatif local que de quantitatif universel.

Une réconciliation avec la nature et avec l’« Éros cosmogonique » de Klages qui militerait en faveur de la relativisation de la valeur argent, en faveur de la décroissance démographique dans le monde, de la relocalisation de notre industrie, de la pérennisation de nos produits de consommation, de la limitation de la publicité et de l’interdiction du démarchage ?

Si, en fin de compte, l’acte écologique le plus significatif et le plus libérateur était de valoriser toutes les diversités dans la nature, y compris la diversité humaine et culturelle ? Et de permettre, ainsi, la réhabilitation des meilleures armes de l’identité et de l’appartenance pour lutter contre les dérives d’un capitalisme outrancier et d’une mondialisation débridée, qui ne comptent que sur la notion d’individu malléable et interchangeable.

Le mouvement des gilets jaunes aura envoyé un signal fort. Pas suffisant, sans doute, pour celles et ceux qui profitent grassement de nombreux privilèges. Mais personne ne peut totalement ignorer le fait que l’urgence des peuples fait, dorénavant, chorus avec l’urgence de la planète, et que les gilets jaunes, en tant que symptôme de cette urgence, aspirent à changer de modèle et sortir des vieux schémas.