Le journaliste Jean-Jacques Bourdin, bien connu pour sa recherche effrénée du scoop avec un soupçon de mauvaise foi, ne recule pas devant une exhumation des « dérapages contrôlés » de l’inusable Jean-Marie Le Pen.

Et c’est pour commettre une bourde (sans jeu de mot) qu’il n’est pas le premier à faire.

Je me suis toujours demandé comment des personnes a priori cultivées et paraissant manier notre belle langue avec aisance, des journalistes chevronnés, des hommes politiques de premier plan, tombaient dans l’erreur du « point de détail ».

À moins qu’ils ne soient très conscients de ce qu’ils font ? Serait-ce de la malveillance ? J’ai peine (encore une fois sans jeu de mot) à le croire.

Car le mot « détail » n’est pas synonyme d’insignifiant mais de partie d’un tout. Étymologiquement, il vient du français moyenâgeux “tailler” qui a donné “détailler”, c’est-à-dire couper en morceaux, faire plusieurs pièces d’une grande. En l’occurrence la dernière guerre était formée de plusieurs composantes.

C’est un glissement sémantique qui a fourni l’acception évoquant quelque chose de peu de valeur, mais ce n’est qu’un sens secondaire et non pas celui que se plaisent à mettre en exergue les gens de mauvaise foi ou les ignorants.

Un exemple : tout le monde connaît le tableau de David, le sacre de Napoléon. L’Empereur est un détail du tableau, cela veut-il dire qu’il est insignifiant ? Et je suis sûr que ce vieux matois de Le Pen sait parfaitement tout cela avec son goût pour la provoc’.

Un… détail : je ne prends pas la défense de Jean-Marie Le Pen — il n’a pas besoin de moi pour ça et je ne serais vraiment pas qualifié pour le faire —, mais je prends celle de notre belle langue qui n’a pas à être utilisée malhonnêtement…