Une députée ne devrait pas dire ça. Bérangère Couillard, secrétaire d’État chargée de l’Écologie et députée de Gironde, commentait, dimanche, sur Twitter, un extrait de l’émission « Le Grand Jury » dans lequel Marine Le Pen qualifie de « rassurantes » les dernières nouvelles sur l’état de son père, hospitalisé la veille. Pour la députée, « cette attention toute particulière pour Jean-Marie Le Pen » était « malaisante ». 

Que trouve-t-elle, au juste, de « malaisant », pour reprendre l’idiome adolescent ? Quelle « gênance » dans la séquence ? Qu’une journaliste s’enquière de l’état de santé de Jean-Marie Le Pen ? Que Marine Le Pen, la fille de l’intéressé, lui réponde ? Il serait donc interdit de poser une question sur un homme qui a été une figure majeure de la vie politique ces quarante dernières années, suscitant un véritable séisme lors de son accession au deuxième tour des élections présidentielles ? Et une fille ne devrait pas utiliser le mot « rassurant » pour évoquer la santé de son père ? 

L’outrance décomplexée du tweet, venant d’une députée Renaissance habituellement discrète et modérée, en tout cas peu réputée pour ses saillies violentes, en dit long sur le climat instauré autour de Jean-Marie Le Pen par le petit théâtre antifasciste, pour reprendre les mots de Lionel Jospin. Un petit théâtre tellement classique, aux répliques si attendues, aux scènes tellement rabâchées qu’il pourrait rentrer dans le Lagarde et Michard, version Pap Ndiaye.

Ne l’appelez plus Jean-Marie Le Pen, mais Voldemort, celui-dont-on-ne-doit pas-prononcer-le-nom. Lorsqu’en mars 2022, Yvan Colonna - condamné, rappelons-le, pour l’assassinat du préfet Érignac - a été agressé par un autre détenu dans la prison centrale d’Arles, sa famille avait publié un long communiqué de presse de deux pages, décrivant l’état « stationnaire mais gravissime » de coma post-anoxique, et les médias s’en étaient fait évidemment l’écho. Qui, au gouvernement, aurait osé qualifier publiquement cet intérêt pour l’état de santé d’un assassin de « malaisant » ? Jean-Marie Le Pen serait donc pire qu’un terroriste ayant du sang sur les mains ?

Le tweet de Bérangère Couillard n’est d’ailleurs que la version policée et CSP+ d’une détestation plus vaste, exprimée sur les réseaux sociaux par des messages orduriers souhaitant le pire. La moindre des décences, lorsqu’une personne âgée - quelle qu’elle soit - est hospitalisée, commande a minima de se taire. Qu’une foule déchaînée se croie autorisée à y déroger montre que celle-ci lui dénie jusqu’à son humanité. Gageons que si l’on avait demandé à Marine Le Pen des nouvelles de l’un de ses chats mal en point, personne ne s’en serait ému. Jean-Marie Le Pen vaut moins qu’un animal sur l’échelle de la compassion. Un monstre, on vous dit. 

La différence entre Jean-Marie Le Pen et un (vrai) menhir étant qu'il n’est (a priori) pas éternel, on peut s’interroger sur la suite : et lorsqu’il passera ad patres ? Pourra-t-on parler ? Sa famille aura-t-elle le droit de le regretter ? Les médias se sentiront-ils libres de leur nécrologie, au risque d’être accusés d’apologie ? Mais surtout, l’exhumation de certaines archives, que l’on ne pourra pas éviter, ne risquent-elles pas de le muer en monstre… mais sacré, cette fois : un monstre sacré du monde politique, le dernier, visionnaire comme personne, dont il faudra bien convenir que l’on aurait mieux fait, sur certains sujets, de l'écouter. Les Cassandre sont toujours « malaisantes », n'est-ce pas ?

Mise à jour  du 23/04/2022 : Bérangère Couillard, que nous avions interrogée le 17 avril, avant la publication de cet article, nous répond ce jour : "Dans mon post, j'évoquais l'emballement médiatique pour la santé de Jean-Marie Le Pen. Je ne parlais pas du lien entre Marine Le Pen et son père."

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17 avril 2023

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54 commentaires

  1. Mme Couillard se sert du jargon des gamins pour donner un avis un tantinet bancal : qu’elle s’offre le Dictionnaire de la langue française un bon gros dictionnaire : sait-elle que « malaisant » n’existe pas ? qu’elle arrête de donner des leçons

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