Editoriaux - Médias - Réflexions - Société - Télévision - 24 septembre 2019

Épanchement médiatique : troubles de personnalités ou de la société ?

Cinquante ans après la sortie de la célèbre chanson de Jacques Dutronc « Et moi, et moi et moi », notre époque névrosée, qui confirme et renforce son obsession narcissique, suggère un nouveau couplet:

« Sept cents millions de médias
Et Moix, et moi, émoi
Avec ma vie, sous l’œil des GAFA
Mon mal de tête, c’est le climat
J’y pense et puis j’oublie
C’est la vie, c’est la vie. »

Sauf que, de nos jours, on n’y échappe pas, à moins de vivre en ermite ; on n’oublie plus, par effet de matraquage ; et on ne sait même plus ce qu’est la vie, qu’on prétend réinventer. Mais on est sommé d’afficher publiquement et de cliquer en toutes circonstances son ralliement aux idéologies soi-disant progressistes du moment sous peine de se voir refuser l’accès à un événement public, bientôt à un emploi ou à un contrat, prochainement à la nationalité et aux droits associés. Tout est enregistré sans droit à l’erreur ni à l’oubli, à l’évolution des points de vue et aux changements d’opinion, de conviction.

Les médias « grand public », dominants par leur force d’Audimat™ et d’impact psychologique addictif, sont omniprésents et se mettent en scène dans des chorégraphies pesantes, vides et vulgaires où les discours prêts-à-penser et l’émotion surjouée ont supplanté la réflexion, le style et l’esthétique. Les professionnels des médias cathodiques se mettent davantage en scène que leurs sujets ; les émissions portent, d’ailleurs, de plus en plus le nom de leurs animateurs-producteurs, à leur avantage financier plus que personnel.

On avait la télé-réalité abrutissante d’adolescents attardés, exposés volontaires au voyeurisme par cohabitation imposée sur une île ou dans une villa. Maintenant, on a, en plus, la mise en scène permanente de professionnels des médias qui parlent d’eux-mêmes ou d’autres professionnels des médias, sans avoir quoi que ce soit d’autre à dire que de déballer leurs états d’âme et de nous infliger, sur tous sujets, leurs avis personnels indignes de comptoirs de cafés du commerce, car ils ont la sagesse populaire et l’agrément en moins. Mais là n’est pas la question.

Cet épanchement médiatique dont l’écrivain-chroniqueur Yann Moix, mis en curée par ses confrères gladiateurs est un triste exemple représentatif, est le symptôme d’une société narcissique à la dérive. À la différence, plus croustillante, que, plutôt que de s’aimer à travers le regard du public, il s’agit par perversion de mieux se haïr à travers lui. Fini le temps des personnalités qui nous instruisaient en débattant, des grands reporters qui nous informaient en partageant leurs grilles d’analyse, des « Grosses Têtes » qui nous cultivaient en nous divertissant.

Comme pour l’œuf et la poule, il est difficile de déterminer si ce sont les médias d’images qui tendent à nous rendre stupides ou s’ils ne font que s’adapter au niveau moyen de stupidité croissante. Comme son pendant médical, l’épanchement médiatique est l’écoulement anormal, par accumulation, d’un trop-plein ; reste à savoir de quoi ce liquide est constitué.

Après tout, en démocratie et dans une économie concurrentielle de marché, il en va des médias comme des responsables politiques : on a ceux qu’on mérite puisqu’on leur apporte notre suffrage par abonnement. À chacun de choisir ses sources d’information et de distraction. Mais n’oublions pas que Narcisse, amoureux de sa propre image, s’est noyé dans l’eau de la rivière où il se mirait de trop près.

« J’y pense et puis j’oublie. C’est la vie, c’est la vie… »

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