Editoriaux - Réflexions - Santé - 24 septembre 2019

Loi de bioéthique : il n’y a pas que la PMA !

Le processus législatif suit son cours et le projet de loi bioéthique cru 2019 entre, mardi 24, en première discussion à l’Assemblée nationale. L’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes seules ou en couple en est la mesure emblématique qui déchaîne bien des passions, celle de l’auteur de ces lignes comprise, mais d’autres dispositions y figurent, pas plus acceptables moralement. Il serait bon de ne pas oublier ces autres dérives.

Prenons la congélation des ovocytes. Les femmes sont naturellement soumises à une horloge biologique plus draconienne en matière de procréation. Bien avant le coup de sifflet final de la ménopause, la fécondité féminine diminue avec l’âge et accentue les facteurs de risques, tant pour elles que pour les enfants à naître. Celles qui veulent accéder à des responsabilités professionnelles sont confrontées à un dilemme : doivent-elles mettre en veille leur carrière pour cet enfant ? La technique permet de prélever les ovules, puis de les congeler pour les féconder et les implanter ultérieurement, une fois que les premières mais essentielles marches de l’ascension professionnelle auront été franchies. Bien sûr, c’est s’exposer aux risques d’échecs d’une PMA classique, ce que ne disent pas ou si peu les promoteurs de ces coûteuses techniques. Et puis, surtout, c’est soumettre sa fécondité comme mère aux priorités d’un employeur. Google, Apple et Facebook facilitent ou financent cette pratique. Que les députés aient proposé un amendement visant à interdire un tel financement ne rend pas cette intrusion de l’entreprise ou de l’employeur dans la vie privée des personnes plus tolérable.

C’est tout aussi éloquent pour ce qui concerne les embryons (des ovules fécondés) qui deviennent un simple matériel de recherche de plus en plus anodin. La loi qui ne faisait pas de distinction entre embryon et cellules souches embryonnaires permettra à ces dernières de devenir l’objet de recherches sans autorisation préalable, une simple déclaration devenant suffisante. Il sera permis d’effectuer des recherches à partir de ces cellules afin de créer des gamètes artificiels (sperme ou ovule). En outre, il sera permis de créer des embryons transgéniques ou des embryons chimères (combiner dans un embryon des cellules d’animaux et d’hommes). La durée d’expérimentation sur un embryon et les cellules souches est portée de 7 à 14 jours. Le Golem et Frankenstein n’étaient, tout compte fait, pas des fictions, juste de tristes prophéties.

Pour ce qui concerne les évolutions du diagnostic prénatal, il y a des nouveautés. Dans le cas de procréation médicalement assistée, le diagnostic préimplantatoire n’était autorisé qu’en cas de risque avéré de maladie rendue probable par un contexte médical, et demain, c’est par arrêté pris au ministère de la Santé que seront édictées des recommandations (pas des injonctions, notez bien !). Cela ressemble furieusement à un chèque en blanc. De même, l’élargissement presque sans limite du champ d’investigation des diagnostics in utero ne doit-il pas être compris comme une volonté de trier les bébés à naître ? Certes, madame le ministre Agnès Buzyn se défend publiquement de tout eugénisme. Que c’est hypocrite ! Des investisseurs se félicitent en catimini de l’émergence prochaine du marché du bébé parfait : ils sont patients.

De plus savants que moi seraient plus compétents que moi pour expliquer et commenter ces dérives, et je ne me sens pas capable de jauger d’un point de vue éthique certaines dispositions, comme les dons croisés en cas de greffes. Mais outre la PMA sans père, il y a de nombreuses autres raisons de descendre dans la rue, par exemple à Paris, le 6 octobre, à la manifestation Marchons Enfants, pour tenter de mettre un terme à ces asservissements des corps et de la procréation à des intérêts privés.

Le marché ne doit pas prospérer sur nos chairs !

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