Editoriaux - Histoire - 16 janvier 2019

En Tchécoslovaquie, Jan Palach : 50 ans après, le souvenir reste intact

Le 16 janvier 1969 à 15 heures, Jan Palach, 20 ans, étudiant en philosophie, s’immole par le feu sur la place Venceslas à Prague. Un jeune employé des transports en commun tente d’éteindre le feu qui court sur le corps du jeune homme.

La police, les pompiers et l’ambulance arrivent. Jan Palach est transporté en urgence à l’hôpital. Son corps est brûlé à 85 %. Il décède de ses blessures trois jours plus tard, le 19 janvier. Son enterrement rassemble plus de 100.000 personnes, qui défilent silencieusement dans la capitale pragoise.

Ce geste, au départ incompris, va frapper les esprits au-delà des frontières de la Tchécoslovaquie. Jan Palach ne se voyait aucun avenir sous le joug communiste, dans ce pays envahi quelques mois auparavant (nuit du 20 au 21 août 1968) par les troupes du pacte de Varsovie. En effet, la politique de libéralisation politique engagée par le premier secrétaire du Parti communiste Alexander Dubček (1921-1992) ne plaît pas au grand frère soviétique. Dubček est curieusement hospitalisé pour une « grande fatigue » quelques jours après le geste symbolique de Palach. En réalité, beaucoup soupçonnent le KGB d’avoir voulu attenter à la vie du premier secrétaire tchécoslovaque en l’empoisonnant. Dubček est contraint à la démission quelques semaines plus tard, le 17 avril.

Ce que réclame Jan Palach avec son groupe d’amis, dont on ne sait d’ailleurs pas, aujourd’hui, s’il était réel ou fictif ? L’abolition immédiate de la censure et l’interdiction du journal de propagande, Zprávy (« Nouvelles »), distribué par l’occupant soviétique. Il savait, lui le jeune philosophe, combien la liberté de penser et la liberté de parler et d’écrire incarnent le modèle de démocratie dont on l’a privé, lui et ses compatriotes, depuis quelques mois. Le Printemps de Prague initié par Dubček avait suscité des espoirs. Le voir étouffé par les chars soviétiques, la censure et la mainmise de Moscou sur les faits et gestes quotidiens du pays devenait insupportable.

Jan Palach, que le régime soviétique tente de discréditer en faisant disparaître une lettre du jeune homme qui dénonçait l’invasion de son pays par l’URSS, est enterré d’abord au cimetière pragois d’Olsany et sa tombe devient un lieu de pèlerinage. En 1973, la police secrète tchécoslovaque (Státní Bezpečnost) l’exhume pour l’incinérer et enterrer ses cendres à Všetaty.

Plusieurs Tchèques, inspirés par son sacrifice, s’immolent aussi, notamment l’étudiant Jan Zajíc, le 25 février, et le technicien Evžen Plocek, le 4 avril de la même année. Vingt ans plus tard, le 16 janvier 1989, un dissident nommé Václav Havel (1936-2011) est arrêté alors qu’il dépose une gerbe à la mémoire de l’étudiant martyr. Le mur de Berlin tombe quelques mois plus tard. Le communisme est moribond. Mais il n’est pas encore tout à fait mort.

Pendant deux jours, de nombreux événements sont prévus à Prague, et ailleurs en République tchèque, afin de rappeler ce sacrifice dont le retentissement fut, à l’époque, mondial. Ce mercredi 16 janvier, une dalle mémorielle a été dévoilée à l’endroit même où Jan Palach s’est immolé. Le 17 janvier, une grande conférence internationale sera donnée au sein de l’université de Prague, axée sur les conséquences historiques et morales du geste de Palach.

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