Le pape François s’est rendu en , où il a appelé à préserver « la fraternité » et à « espérer contre toute espérance ». Il a aussi exprimé sa solidarité avec les chrétiens d’Orient, bien délaissés jusqu’à présent. Mais, au-delà d’un accueil chaleureux et d’une rencontre avec l’ayatollah Ali Husseini al-Sistani abondamment relayée par les médias, il n’est pas certain que les autorités musulmanes lui aient manifesté, en retour, un sentiment de fraternité sans arrière-pensées.

Un incident serait passé inaperçu si un journaliste de L’1visible, mensuel d’information catholique, ne l’avait pas relevé. Lors d’une cérémonie, un extrait du Coran a été chanté en présence du pape : quelques versets de la sourate Ibrahim, un choix apparemment opportun en cette terre d’Abraham. Le verset 42 est généralement traduit ainsi : « Et ne pense point qu’Allāh soit inattentif à ce que font les injustes. Il leur accordera un délai jusqu’au jour où leurs regards se figeront. » Autrement dit, les « injustes » ne perdent rien pour attendre. Ils subiront, tôt ou tard, la punition d’Allah.

Comme le fait remarquer le journaliste, « les injustes faisaient amplement l’affaire ». Mais les termes arabes signifient « les oppresseurs » et « les polythéistes » ou « idolâtres » ou encore « associateurs », ce dernier terme visant les personnes qui donnent à Dieu des associés, notamment les chrétiens. Ce sont ces mots qui ont été repris dans la traduction anglaise, ce qui ne peut être imputé au hasard. Associer des créatures au Créateur, c’est un péché impardonnable, si le coupable ne se repent pas. Le Coran condamne les associateurs et appelle, à défaut de leur conversion, à leur éradication. Voilà, sans doute, une belle leçon de tolérance et de liberté religieuse.

Faut-il interpréter la récitation chantée de ce verset comme une sorte d’avertissement insolent au Saint-Père et à l’ensemble des chrétiens ? Sans doute l’État irakien, déstructuré, a-t-il besoin de la communauté chrétienne pour se rétablir, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. On a tendance à considérer l’ comme une parmi d’autres : c’est aussi une religion qui n’admet guère la concurrence. La rencontre du pape avec l’ayatollah Ali Husseini al-Sistani, personnalité influente de la communauté chiite, d’origine iranienne, ne doit pas faire oublier que c’est un musulman qu’on peut qualifier d’intégriste.

Chacun connaît les cinq piliers de l’ : la déclaration de foi, la prière quotidienne (cinq fois par jour), le respect du jeûne pendant le , l’aumône aux nécessiteux et le pèlerinage à La Mecque (au moins une fois dans sa vie). Les chiites, majoritaires en Irak, en ont ajouté plusieurs, dont le djihad et la fameuse taqiya, qui consiste à dissimuler sa foi quand les circonstances l’imposent. Il vaut donc mieux rester sur ses gardes et ne pas leur donner le bon Dieu sans confession.

Le pape pourrait bien s’être embarqué dans une galère dont l’équipage ne lui veut pas que du bien mais l’utilise actuellement comme caution morale. En admettant qu’il y ait, en Irak, quelques dirigeants de bonne volonté, il serait imprudent de généraliser. Sans doute le sort des chrétiens nécessite-t-il d’établir de bonnes relations entre ce pays et le Vatican, mais croire, sous prétexte qu’il existe des points communs entre les trois religions monothéistes, qu’elles pourraient être compatibles serait se bercer d’illusions. Le pape, il faut l’espérer, doit en être conscient.

8 mars 2021

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