Le Bon, la Brute et le Truand était un bon film, avec des acteurs qui avaient la gueule de l’emploi. Mais cela, c’était avant. Aujourd’hui, le film auquel nous avons droit s’intitulerait plutôt « Le Contremaître, le Croque-mort et le Disciple » avec, dans les rôles principaux, ceux que vous voudrez bien y mettre. C’est un film sans panache, avec des longueurs, des redites et des contradictions, sans ligne directrice et sans intrigue passionnante. Les acteurs se bousculent devant la caméra pour capter la lumière à leur profit, sans cependant arriver à nous émouvoir, à nous tirer une larme ou à faire en sorte qu’on les prenne pour des héros.

Un peu comme ce qui nous arrive actuellement.

Face à cette épidémie, au lieu de chercher à adapter les possibilités de traitement aux impératifs de la maladie, on essaie de contraindre la maladie à rentrer dans le cadre de ce qu’il est possible de traiter. Tout comme, il y a une trentaine d’années, des esprits futés ont décidé de créer un numerus clausus à l’entrée des études médicales, partant du principe que moins il y aurait de médecins, moins il y aurait de dépenses de santé. C’était, bien sûr, une erreur, les dépenses n’ont cessé d’augmenter avec l’accroissement de la population et le coût des thérapeutiques modernes, et maintenant, nous manquons de médecins. C’est un peu comme si, pour lutter contre le terrorisme, on décidait de supprimer les terrasses de café et les rassemblements dans les lieux publics afin de limiter les possibilités d’attentats, sans pour autant s’attaquer aux causes.

On interdit la fréquentation des petits commerces mais on permet l’accès aux grandes surfaces, aux centre commerciaux et aux transports en commun, sans aucune logique sanitaire.

Tout n’est pas noir, cependant, et le respect des gestes barrières est très certainement un bon moyen pour lutter contre la propagation de la maladie.

Cette maladie touche la population d’une manière très inégale sans que nous sachions encore exactement pourquoi, mis à part des causes évidentes comme un âge avancé ou des pathologies graves associées qui fragilisent l’individu quel que soit le virus en cause.

Cette pathologie nous rappelle ainsi que nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie, et que les critères « bisounoursiens » que nous avions l’habitude d’employer depuis quelques années pour définir de nouvelles règles de vie sociale sont battus en brèche par cette affection qui remet douloureusement les pendules à l’heure et appelle à un peu plus d’humilité dans leurs raisonnements ceux qui se croient suffisamment au-dessus des lois naturelles pour pouvoir envisager de s’y soustraire afin d’imposer de nouvelles normes biologiques qui ne pourront être bénéfiques que pour ceux qui auront les moyens d’y accéder.

Cette maladie nous rappelle encore que nous sommes fragiles, fragiles dans notre corps et fragiles dans notre esprit. Elle nous rappelle aussi que nous sommes des funambules inconscients du risque quand tout va bien et paniqués à la moindre oscillation du fil qui nous soutient.

Nos dirigeants en sont-ils conscients ? Ne restent-t-ils pas plutôt enfermés dans leurs bureaux et leurs certitudes, loin du tumulte populaire, le nez dans leurs courbes, leurs graphiques, leurs pourcentages et leurs coefficients, pour tenter de justifier les ordres donnés au funambule qu’ils voient là-bas, au loin, à travers les fenêtres de leur bureau, qui, lui, risque sa vie physique, morale et matérielle au quotidien ?

18 novembre 2020

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