Culture - Discours - Editoriaux - Médias - Politique - 15 octobre 2017

Emmanuel Macron dans le texte

Il avait dit à Berlin, voici six mois : “Nous prendrons dorénavant la discipline, à l’étranger, de ne pas parler de politique française.” En réalité, il n’aime rien tant que de parler des Français à l’étranger ou aux étrangers, pour en dire du mal de préférence. Cette fois, il s’agit d’un entretien au Spiegel, publié en allemand.

On y trouve une autocélébration : “Je ne suis pas arrogant, je suis déterminé.” Or, par définition, l’arrogance renvoie à une manière d’être, à l’image qu’on donne de soi, à un style, un ton. Elle peut cacher une fragilité ou marquer un sentiment de supériorité, peu importe : c’est autrui qui le ressent et, du coup, la phrase est en elle-même arrogante en niant le sentiment des autres.

C’est ensuite une revendication : “Je dis et je fais ce que je veux, même si on peut trouver ça choquant.” Non pas « ce que je veux faire », qui renverrait à un projet et sonnerait bien. Qu’un chef d’État dise et fasse ce qu’il veut faire est un signe de responsabilité. Mais “ce que je veux” évoque plutôt le caprice, l’exercice arbitraire du pouvoir. Et puis le verbe allemand renvoie au désir, à l’envie plus qu’à la volonté réfléchie (“Ich sage und tue was ich mag”). Est-ce le traducteur qui a fait ce choix alors que l’allemand a un autre verbe pour marquer la volonté ?

Mais ne veut-il pas notre bonheur, justement, puisqu’il nous aime : “Pendant les élections, j’ai voyagé partout au pays. J’aime mon pays et les Français. J’adore parler avec eux et les convaincre.” Il dit les “convaincre”, pas les écouter. Rappelons-nous sa rencontre à Lunel avec des grévistes, quand il était ministre : interpellé par deux ouvriers, il finit par lâcher : “Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler.” “Mais je rêve de travailler, Monsieur Macron”, lui répond son interlocuteur. Voilà l’homme !

Il nous aime donc et, parce qu’il aime bien, il châtie bien, de l’étranger parce que ça fait encore plus mal, comme les parents qui aiment critiquer ou punir leurs enfants en public : “Je ne céderai pas au triste réflexe de la jalousie française. Parce que cette jalousie paralyse le pays.” Heureux Français aimés en étant si peu aimables, aimés malgré tous leurs défauts, bien qu’ils soient jaloux, sans compter “les fainéants, les cyniques, les extrêmes” qui refusent les réformes et “les égoïstes et les pessimistes” qu’il fustigeait depuis la Grèce.

Reste une question : que signifie, pour lui, aimer la France, puisqu’il n’y a pas de « culture française » et qu’il ne connaît pas « d’art français » ? Quand, en plus, elle est coupable parce que colonisatrice : “C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses…” : c’était à Alger et il était candidat. « En même temps », toujours dans le Spiegel, il critique les lectures “postmodernes” selon lesquelles “le récit historique devrait être déconstruit” et les médias qui emboîtent le pas comme s’il y avait “nécessairement quelque chose de mal dans la grandeur”.

Qui déconstruit ? Qui met à mal la conscience de soi des Français ? Qui, sinon un Président qui fait lire ses discours à Mme Merkel – comme il l’avoue, plutôt le revendique dans le même entretien – et les modifie au besoin, parce que “nous avons développé une relation extrêmement étroite. Je n’aurais jamais tenu le discours de l’Europe à la Sorbonne si Angela Merkel et moi n’étions pas d’accord sur les points saillants.”

De Gaulle disait que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille. Maintenant, elle se fait à Berlin.

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