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Editoriaux - Histoire - Supplément - Table - 15 octobre 2017

Radars : la gabelle routière

Les radars devraient rapporter 928 millions d’euros en 2018, soit un bond de 10 %. Dans la foulée, le total des amendes, enrichi des pénalités et majorations diverses (185 millions, soit +25 %), franchirait le cap symbolique du milliard d’euros. Certes, personne n’osera s’indigner d’un humanisme gouvernemental visant à protéger les citoyens contre leur mauvaise conduite, mais il en est tout de même beaucoup (tous les contribuables et les autres, à bien réfléchir) à évoquer la pompe à blé qu’est l’automobile.

La gabelle routière, pompeusement dénommée “projet annuel de performance” (on comprend mieux), est aussi poétique qu’un tableau d’amortissement bancaire. Cette petite perle s’inscrit dans le projet de finances 2018, ce qui fait penser à une préoccupation plus budgétaire que sécuritaire. On ne spécule point sur les victimes gagnées mais sur les points de permis perdus. Amendes en sus.

De toute évidence, ceux qui manquent de créativité pour piloter notre économie en ont plus aux commandes d’une répression quasi obsessionnelle. Le déploiement d’une centaine de radars supplémentaires est annoncé, venant renforcer un arsenal hallucinant : radars temporaires, ou pas, discriminants, feux rouges, tronçons, chantiers, double sens, externalisés (au privé), tourelles, leurres, embarqués, débarqués… J’en passe. Hors radars, la baisse prévisionnelle des recettes dues aux PV (720 millions, soit -16 %) est une fausse bonne nouvelle puisque découlant de la décentralisation du stationnement vers les communes.

Il y a une semaine, sur LCI, Anne Hidalgo jouait la visionnaire parisienne : voitures autonomes, mobilité, énergie et le toutim. Une bonne raison pour anticiper et réévaluer les bons vieux PV rebaptisés FPS (pour “forfait post stationnement”) à 50 euros au lieu de 17. Au 1er janvier 2018, toutes les communes sont libres de suivre.

En attendant les voitures autonomes, conduire va devenir un enfer, et peut-être même un exploit. Mais, au fait, n’y a-t-il pas un paradoxe à voir nos têtes pensantes investir à fond dans des outils de contrôle qui seront obsolètes dans quelques années, quand les voitures géreront à notre place ?

Hormis ce léger décalage prospectif, tout est bouclé, à l’image de cette loi digne (indigne ?) des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire qui oblige les chefs d’entreprise à dénoncer leurs chauffeurs. À défaut de balancer, l’amende passe à 675 euros sur les fonds propres du patron (donc non imputable aux charges d’entreprise).

En soutien, on parle de limiter l’action des avertisseurs de danger (à ne pas confondre avec les détecteurs de radars, qui sont interdits) au nom de notre sécurité, mais antiterroriste, cette fois. Les agités du champignon qui foncent sur les foules ont tous Coyote ou Waze, c’est bien connu.

Un rapport rédigé par le sénateur Vincent Delahaye revient sur les fondements de la bien-pensance automobilistique, comme dirait Ségolène. Les radars auraient atteint leur seuil d’efficacité.
Leurs implantations se feraient un peu à la tête du client – excusez le raccourci. Du coup, les flasheuses se multiplient sur les autoroutes, où les dégradations sont aussi rares que les accidents, mais moins sur les axes et zones à l’environnement plus musclé. En queue de classement, la paisible Seine-Saint-Denis affiche un petit 0,11 radar pour 1.000 habitants en dépit d’une des rares accidentologies en hausse.

La sécurité routière a ses raisons que le vandalisme ignore.

Moralité… si ce mot est encore de mise.

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