Faire prendre des vessies pour des lanternes est tout un art qui n’est pas donné à n’importe qui. Dans ce domaine, il faut reconnaître qu’ est un artiste de haute école. Un professionnel du flou artistique. On le voit notamment sur le dossier du « séparatisme ». C’est la même chose avec le prolongement du délai légal de l’avortement.

Certes, cette proposition de loi n’émane pas de La République en marche mais du groupe Démocratie Solidarité (EDS). Ce groupe, formé en mai dernier et coprésidé par Matthieu Orphelin, successivement membre d’EELV et de LREM, dont il quitta le groupe à l’Assemblée nationale en 2019, et Paula Forteza, elle aussi ancienne de LREM, rassemble dans ses rangs des députés comme Delphine Batho mais aussi Aurélien Taché, Cédric Villani. Il se veut, en même temps, ni d’opposition ni d’alliance systématique avec la majorité. Bref, une sorte de Macronie hors les murs qui saura rejoindre le donjon, le jour où. C’est-à-dire en 2022.

Cette proposition de loi qui passe de 12 à 14 semaines le délai légal de l’avortement a été soutenue par nombre de députés de LREM, notamment par la désormais incontournable Aurore Bergé : « On ne peut pas se définir comme un parti progressiste, avoir porté le sujet de l’égalité femme-homme pendant trois ans et ne pas voter un texte comme celui-ci », a-t-elle déclaré. Or, dans le même temps, les médias ont gentiment laissé filtrer l’information qu’Emmanuel Macron était moyennement chaud. Ainsi, Le Parisien rapportait, mardi, « l’embarras de Macron et Castex ». Les deux têtes de l’exécutif auraient « fait passer des messages », toujours selon Le Parisien. Apparemment, les liaisons passent mal entre l’Élysée et le palais Bourbon, vu le résultat du vote. « Sur un sujet aussi sérieux, ça mérite mieux qu’une discussion à l’arrache et dans une antichambre », aurait confié un conseiller du Palais. Sur un sujet aussi sérieux, ça méritait peut-être aussi une parole présidentielle et pas la confidence d’un petit messager lâchée entre deux portes capitonnées de l’antichambre.

Si cette proposition de loi allait à son terme (le passage au Sénat sera sans doute très intéressant, en particulier dans les rangs de la droite…), Emmanuel Macron aura beau jeu de mettre en avant ses réserves sur ce texte. En gros, c’est pas moi, c’est les députés qui ont fait ça. Surtout ne pas froisser les gens bien comme il faut à l’approche de 2022 et les conforter dans ce dogme intangible qu’il vaut mieux un Macron pro-PMA, puisque ça, c’est quasiment fait, qu’une Marine Le Pen anti-PMA. Marine Le Pen a voté contre cet allongement ? Oui, mais elle n’était pas dans la rue, en 2013, pour manifester contre le mariage homosexuel. Oui, mais son programme économique (rien à voir, mais tant pis !), etc. On vote donc pour à l’Assemblée, histoire de faire plaisir aux adeptes du progressisme. En même temps, on laisse courir le bruit que l’on ne voulait pas cela. Surtout ne désespérer personne dans un électorat qui va du centre gauche au centre droit. Ce n’est pas le moment.

Ne parlons même pas du numéro d’hypocrisie joué par Olivier Véran à la tribune de l’Assemblée nationale, regrettant que, sur cette question, le Comité consultatif national d’éthique n’ait pas été consulté, sans pour autant se prononcer sur le fond. Faire prendre des vessies pour des lanternes est tout un art qui n’est pas donné à n’importe qui.

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