Armées - Discours - Editoriaux - Histoire - Politique - Tribune - 25 février 2018

Emmanuel Macron récupère la figure de Clemenceau

En cette dernière année du centenaire de la guerre 14-18, Georges Clemenceau (1841-1929) ne manque pas d’être mis en avant, mis en scène, honoré et commémoré à la hauteur de sa notoriété. Le chef de l’État, Emmanuel Macron en personne, ne s’y est pas trompé en signant une tribune dans le magazine Le 1, tribune dans laquelle il insiste sur “l’amour inconditionnel” que le Tigre vouait à la France. Le président de la République écrit, notamment, que le Père la Victoire avait la “certitude que la France était moins une patrie qu’un idéal […] qu’il eut de la France une idée, une idée élevée, une idée noble, mais aussi une idée enracinée et réelle”.

L’hommage est beau et mérité. Emmanuel Macron a su choisir les mots qui touchent et qui correspondent peu ou prou au personnage. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Comme les grands hommes qui ont marqué l’Histoire, Clemenceau a été récupéré et ne cesse de l’être. Napoléon, Jaurès, de Gaulle et quelques autres ont alimenté les discours des hommes de droite et de gauche. De Gaulle a inspiré Mitterrand, qui était pourtant son ennemi intime. Sarkozy s’est appuyé sur Jaurès pour glaner quelques suffrages. D’aucuns ont effectué le rapprochement entre de Gaulle et Napoléon… En ce centième anniversaire, il fallait bien que le « Vendéen rouge » soit de la partie et soit récupéré.

Maintenant, faut-il s’étonner que M. Macron prenne Clemenceau pour modèle ? Après tout, le Tigre était un homme de gauche… que la droite a vite récupéré après-guerre, en se rangeant derrière lui dans le Bloc national pour les législatives d’après-guerre. On retrouve un peu l’histoire des députés socialistes et du centre droit estampillés LREM en juin 2017… Clemenceau avait aussi l’esprit réformateur en avançant des idées qui, aujourd’hui, ont cheminé. Le chef de l’État n’est pas le premier à se réclamer de Clemenceau. De Gaulle l’avait fait en son temps. Plus proche de nous, c’est Manuel Valls, premier flic de France et Premier ministre (comme le Tigre), qui a fait de Clemenceau son modèle.

Cette récupération historico-politique n’a rien d’exceptionnel, car Clemenceau, venu des bancs de la gauche radicale, anticléricale, sociale, épouse les aspirations de notre temps. Chacun trouve ce qu’il veut dans ce personnage finalement inclassable qui a baigné dans le scandale de Panama (ce qui lui a valu son siège de député), qui a divorcé, fait jeté son ex-femme en prison avant de la renvoyer aux États-Unis avec un billet de 3e classe, qui a milité pour la suppression du Sénat avant d’y entrer et d’y rebondir politiquement, qui a créé une police efficace, qui a su imposer ses vues aux chefs militaires de 1917 pour devenir, de facto, le premier chef des armées. Clemenceau a pris les commandes et s’est imposé comme chef. Qu’on l’aime ou pas, il voulait faire de la France une puissance de premier plan, lui redonner un éclat et une aura qu’elle n’aurait jamais dû perdre. On comprend que beaucoup de politiques – M. Macron en premier – veuillent copier cet homme qui reste diablement moderne sur bien des points.

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