L’Ukraine, c’est (relativement) loin et les Français, visiblement, ont du mal à gober que les milliards investis dans le nucléaire pendant des décennies devraient passer par pertes et profits. Du mal à gober que cette énergétique serait la faute de qui vous voulez, de Poutine bien sûr, mais surtout pas celle des politiques aux commandes depuis bientôt une décennie. Car, rappelons-le, Emmanuel Macron est dans le cœur nucléaire des décisions politiques depuis presque dix ans : secrétaire général adjoint de l’Élysée, ministre de l’Économie, président de la République. Et pourtant, ce n’est pas de sa faute. Ce n'est jamais de sa faute.

Durant sa conférence de presse de lundi où il a abordé la question de la énergétique, le chef de l’État a repris sa rhétorique de petit-bourgeois qui joue à la petite frappe : « Qu’on ne vienne pas me chercher sur Fessenheim ! » En 2018, à propos de l’affaire Benalla, c’était « Qu’ils viennent me chercher ! » et, cette année, avec l’affaire McKinsey, « Qu’ils aillent au pénal ! » Fessenheim ! La fermeture emblématique qui concentre tous les feux ! « La fermeture de Fessenheim n’est que la partie émergée de l’iceberg », vient de déclarer au Figaro Olivier Marleix, président du groupe LR à l’Assemblée nationale. Il parle de « dix ans de renoncement, pendant lesquels on n’a lancé aucun projet nouveau, pendant lesquels l’absence de perspective a démobilisé la filière nucléaire ». Sur le plateau d’Europe 1, ce mercredi matin, Marleix n’y va pas par quatre chemins : il réclame une commission d’enquête parlementaire pour identifier les responsables du « désastre ». Commission devant laquelle François Hollande devrait venir s’expliquer, selon lui.

Fessenheim, « haut de l’iceberg ». Il suffit en effet pour s’en convaincre de lire le rapport parlementaire d’information rendu le 6 octobre 2021 par une vingtaine de députés de tous bords sur le suivi de la fermeture de cette centrale nucléaire. Une mission présidée par un député LR avec un rapporteur LREM. Mardi, sur Twitter, Marine Le Pen a ressorti à point nommé ce document fouillé en faisant remarquer qu'il « est très clair : Fessenheim était une centrale en parfait état, qui aurait très bien pu bénéficier de travaux supplémentaires pour poursuivre son activité ». Mais le Président, de son côté, n’en démord pas : « Je vous le dis très simplement, Fessenheim était la plus vieille centrale de notre parc. Elle était à la frontière de l’ qui, aujourd’hui, n’est pas alignée avec nous sur le nucléaire. » Ne pas fâcher l'Allemagne.


Alors, que dit ce rapport ? La simple lecture de quelques têtes de chapitres dans l’avant-propos signé du président de cette mission, le député LR du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger, résume le désastre : « Une installation performante », « Une fermeture très politique », « Une décision coûteuse : une gabegie budgétaire ». On y parle de « fiasco » et le passage qui suit est particulièrement « éclairant » : « La centrale de Fessenheim a fait l’objet de plusieurs décisions politiques et étapes juridiques rendant sa fermeture inéluctable, indépendamment de son état technique et de ses performances industrielles. [...] C’est bien "une décision de politique énergétique", selon les termes employés par le ministre de la Transition écologique, Mme Barbara Pompili, lors de son audition, qui a entraîné l’arrêt définitif de cette centrale nucléaire. [...] Cette fermeture est un cas atypique par rapport à d’autres fermetures d’installations industrielles de grande ampleur : il ne s’agit pas de l’arrêt d’un site industriel porté par un actionnaire privé qui suscite l’indignation sur le territoire, les acteurs en appelant à l’État pour tenter de faire revenir l’entreprise sur sa décision ; c’est une décision prise par l’État, contestée pour partie par l’exploitant du site lui-même et par des acteurs du territoire. » Il faudra donc bien, un jour ou l'autre, que les responsabilités et surtout les responsables soient identifiés.

Dans la série « Je ne fais qu’exécuter ce qui était devenu inéluctable », le député Schellenberger note que « le gouvernement de M. n’aura aucune justification idéologique à son choix de réaliser la promesse de la fermeture de la centrale nucléaire. La justification est différente. Selon M. Sébastien Lecornu [alors secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique], il s’agit simplement de mettre en œuvre les décisions. Qu’elle soit cohérente ou non, le gouvernement se comporte en exécutant une décision antérieure que, pourtant, nombre de ministres contestent alors. » À bien y réfléchir, l'accusation est gravissime.

Plus loin, le rapporteur, le député macroniste Vincent Thiébaut, écrit prudemment : « Le contexte politique allemand et en particulier le fait que le Land du Bade-Wurtemberg a été dirigé par les Verts allemands jusqu’en septembre 2021 ont certainement influé sur le choix et la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, notamment en raison de la décision allemande de "sortir" du nucléaire. » On comprend mieux les propos de Macron cités plus haut. L’Allemagne n’est pas alignée avec nous mais nous nous alignons derrière l’Allemagne. Rien de nouveau, c'est désormais un grand classique.

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7 septembre 2022

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32 commentaires

  1. Quoi qu’on en dise, il est encore là pour cinq ans.
    Je vous laisse imaginer les dégâts qu’il causera encore.
    A moins qu’un réveil ne se produise dans la population… Bien que cela soit peu probable.

  2. Comme un petit n’enfant qui a peur d’être grondé: « C’est pas ma faute, maman. » Malheur à nous d’avoir pour président un homme qui visiblement ne se comporte pas comme tel. Il est vrai que c’est une race très ancienne et qu’elle est peut-être en voie de disparition.

  3. Il est mignon Macron, il sait qu en tant que président il n est pas responsable pénalement… l est pas belle la vie? Vous, vous êtes toujours responsables, les présidents jamais…

  4. J’évite de me pourrir la vie qui me reste, ce personnage qui dit blanc puis noir dans la minute j’en ai ras le bol. Assez aussi de voir notre pays crever et depuis Macron au grand galop ; ses commanditaires mondialistes étant pressés. Que va t’il encore inventer cet hiver pour nous emmerder ?

  5. Marleix « réclame une commission d’enquête parlementaire pour identifier les responsables du « désastre ». Commission devant laquelle François Hollande devrait venir s’expliquer »

    M. Sébastien Lecornu : « il s’agit simplement de mettre en œuvre une décision antérieure »

    Mais combien d’entre nous oublient que Manu étai secrétaire d’état puis à Bercy sous Hollande.

    Et que de fait, Hollande ne serait pas le seul à devoir s’expliquer, non (n’oublions pas que nous subissons jupiter (minus) depuis plus de 10 ans maintenant!

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