Élections européennes : le grand enjeu identitaire

Quel est l’enjeu de ces élections européennes ?

L’enjeu européen de ces élections européennes est simple : c’est celui des frontières extérieures à l’Europe. Frontières physiques sur la Méditerranée. Frontières de civilisation à l’intérieur de chaque nation.

La seule question qui vaille est la suivante : combien y aura-t-il de députés européens attachés à la défense des frontières face à l’immigration ? Combien y aura-t-il de députés européens prêts à tout pour affirmer l’identité européenne et chrétienne de l’Europe ? 200, 220, 240 ? Pas encore de quoi former une majorité, certes ! Mais de quoi constituer une minorité identitaire sans précédent au sein des 700 députés européens. Un groupe suffisamment fort qui pourra aider les gouvernements identitaires – groupe de Visegrád, Italie, Autriche, Estonie – à former une minorité de blocage au sein du Conseil européen. Il suffit, pour cela, de représenter 7 États et/ou 18 % de la population.

En France, qui peut porter ce projet ?

Plusieurs listes s’inscrivent, plus ou moins, dans cette perspective identitaire.
La liste souverainiste de Dupont-Aignan.
La ligne claire de Renaud Camus, Karim Ouchikh et Fiorina Lignier, c’est cette liste qui pose de la manière la plus forte la question centrale du Grand Remplacement de population et de civilisation et qui parle de remigration.
Et, bien sûr, la liste du Rassemblement national, conduite par Jordan Bardella, avec Hervé Juvin, Thierry Mariani, Nicolas Bay, Jean-Paul Garraud notamment. De vraies « pointures » !

Pour qui voter ?

À chacun de faire son choix !
Chaque voix comptera pour diminuer le pourcentage de Nathalie Loiseau, la candidate de Macron.
La liste Bardella bénéficiera, évidemment, du « vote utile » qui pousse les électeurs à participer au « match » (être dans la course en tête) et à avoir des élus.
Camus a pour lui la vigueur et la sincérité de son discours mais, faute d’argent, il demande à ses électeurs d’imprimer leur bulletin de vote. Démarche courageuse mais pour électeurs particulièrement motivés !
Dupont-Aignan n’a guère plus de chance que Camus de dépasser la barre des 5 % qui permet d’avoir les élus. Il espérait offrir un choix entre Marine Le Pen et Macron. Mais il a raté son décollage. Les électeurs qui veulent battre Macron et sa candidate vont se mobiliser pour Bardella. Quant aux électeurs qui ne veulent ni du RN ni de LREM, ils ont oublié Dupont-Aignan et retrouvent espoir avec Bellamy. Pour Dupont-Aignan, ces élections européennes, cela risque d’être « Caramba, encore raté ! ». Tout ou plus peut-il espérer franchir la barre des 3 %, qui permet d’être remboursé de ses frais de campagne.

Bellamy a fait une belle campagne, pourquoi ne pas voter pour lui ?

La question se pose, bien sûr ! Bellamy parle beau. Il défend bien, très bien même, l’héritage et la civilisation européenne. Venir à un débat télévisé avec un livre d’Homère à la main, l’Iliade, cela a quand même plus de gueule qu’avec une passoire ou une casserole…
Mais les beaux discours de Bellamy sont totalement déconnectés des gens qu’il a pris sur sa liste pour les faire élire. De ses numéros 2 (Agnès Evren) et 3 (Arnaud Danjean), qui sont des juppéistes. Sans parler des sortants qui suivent et qui ont voté (sauf Nadine Morano) la répartition par pays des quotas de migrants clandestins… Et j’en passe.

Bellamy lui-même va s’inscrire, une fois élu, au groupe du PPE. Un groupe qui, depuis toujours, gouverne le Parlement européen avec les socialistes et qui mêle ses voix aux leurs dans 95 % des cas importants.

Bellamy parle comme Orbán mais votera selon les exigences de Soros.
Il feint de s’opposer à Nathalie Loiseau mais soutiendra les mêmes délibérations qu’elle…
Ce n’est pas nouveau, d’ailleurs ! Avant LR, l’UMP et le RPR ont toujours pratiqué le découplage entre un discours de « droite » (pour les gogos d’électeurs) et des votes politiquement corrects (pour rester dans les bonnes grâces des lobbys).

Bellamy prête son visage juvénile aux pratiques du « double langage » qui ont si bien servi en leur temps à Chirac, Juppé, Raffarin et Sarkozy.
Bellamy est un philosophe d’antichambre.

Y a-t-il aussi un enjeu national?

Le match Macron/Le Pen a un petit côté dérisoire. Et en même temps… important.

Si Loiseau virait en tête avec 22 % des suffrages, ce serait peu pour le parti au pouvoir qui, dans les autres pays européens, réalise généralement de bien meilleurs scores.
Si le RN virait en tête avec 23 %, ce serait moins qu’en 2014 (où il avait rassemblé plus de 24 % des suffrages) alors même qu’aujourd’hui, le contexte national et européen est particulièrement favorable.

Mais comme aimait à le dire Jean-Marie Le Pen : « En politique est ce qui paraît. » Ainsi Jordan Bardella en tête, c’est Marine Le Pen confortée pour 2022, malgré ses insuffisances intellectuelles, stratégiques et humaines.
Quant à Loiseau en pôle position, c’est Narcisse-Macron, conforté dans son exercice solitaire du pouvoir et sa guerre au peuple français, à son héritage, à son patrimoine et à son identité.

Bref, un duel qui ne fait peut-être pas rêver tout le monde. Mais auquel il est difficile d’échapper !

Un mot d’Asselineau et de Philippot ?

Ils ont le mérite de l’obstination. Asselineau a de vrais militants numériques comme de terrain. Et Philippot de vrais fans dans la classe médiatique. Ils auraient dû passer par dessus leur ego et s’allier !

Du point de vue politique, c’est un souveraino-souverainisme qui a sa place dans le paysage politique. À prendre en considération si l’on croit que le danger pour la France est plus sur le Rhin qu’en Méditerranée. Et si l’on est persuadé qu’un Français est plus proche d’un Malien que d’un Estonien…

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