Discours - Editoriaux - Education - Médias - Politique - 19 mars 2018

Éducation nationale : des réformes mi-chèvre mi-chou

À nouveau, depuis plusieurs semaines, l’école est au cœur des débats, tant politiques que médiatiques et privés. Notre ministre de l’Éducation nationale, loin de s’en tenir à de vains discours, propose des mesures concrètes, qu’il entend voir rapidement appliquées. Doit-on s’en réjouir ou s’en alarmer ?

Il semble que les réformes élaborées par le présent ministère aillent, pour une grande part, dans le bon sens et tentent de trouver des solutions pour sortir l’institution du marigot dans lequel tout le monde doit bien admettre qu’elle s’enlise depuis quelques décennies. Autant les idées délétères de Najat Vallaud-Belkacem avaient eu l’avantage de concentrer contre elles toutes les forces vives de la nation, dans un rare consensus, autant celles de M. Blanquer invitent à la réflexion.

Prenons deux exemples précis. Le premier pourrait être la polémique qui agite les médias et les municipalités autour du dédoublement des classes de CP et CE1 en REP (réseau d’éducation prioritaire). On s’émeut de cette réforme gourmande en personnel et chère à mettre en œuvre, et on accuse le ministre de “déshabiller Pierre pour habiller Jacques”, puisqu’il faudra certainement réaffecter des enseignants sur ces nouveaux postes et, pour cela, fermer des classes dans des zones rurales où les écoles accueillent souvent peu d’élèves.

L’objection est recevable. Mais il serait injuste d’imputer au nouveau ministre un processus engagé, de toute façon, depuis plus de vingt ans : celui du regroupement des écoles primaires rurales. Ce débat paraît, de plus, assez vain car, même si l’État s’engage vertueusement à ne pas dépouiller les campagnes pour garnir les banlieues grâce au recrutement de nouveaux personnels, cela semble relever du vœu pieux, lorsque l’on se penche sur les actuelles vacances de postes, qui ne seront pas résorbées tant que les salaires ne seront pas revalorisés et que l’attractivité du métier ne sera pas renforcée auprès des jeunes générations. Au concours 2017, près de 800 postes d’instituteur n’ont pas été pourvus, tant le niveau des candidats était faible. C’est l’arroseur arrosé ! L’Éducation nationale échoue tellement dans sa mission de formation intellectuelle qu’elle ne parvient même plus à recruter de professeurs, alors même que le niveau des concours a été largement adapté au niveau général d’éducation… Où trouver les professeurs nécessaires ? Il faudrait un grand cheval, avec un bon gros sabot, pour que le miracle opère… C’est peut-être par là qu’il aurait fallu commencer : d’abord former des enseignants, ensuite ouvrir des classes. Or, il faut plusieurs années pour former un enseignant, et la réforme prétend être appliquée dans quelques mois. Mais l’impossible n’est pas français…

Le second exemple serait la réforme du baccalauréat, qui mobilise elle aussi les esprits. L’espace manque pour développer en profondeur ce point. Aussi ne ferai-je que quelques remarques.

Sur le fond, force est de constater que cette réforme est plutôt excitante, et le fait est assez rare depuis une cinquantaine d’années pour être souligné ! Le système présenté semble pertinent sur le plan de la formation intellectuelle. Mais ce qui laisse perplexe, c’est le flou absolu qui règne sur une mise en œuvre pratique prévue dans quelques mois à peine. Vu la structure actuelle de nos lycées, cette refonte profonde de toute l’organisation apparaît comme une magnifique usine à gaz. La simplification, comme souvent en France, n’est qu’un leurre : on troque trois filières contre une multitude de possibilités, avec tous les défis organisationnels que cela sous-tend, et on échange un gros examen final contre trois sessions presque équivalentes au cours des deux années précédentes. Cela ne simplifiera pas l’organisation pratique du bac, loin de là ! Mais ce n’est pas, en soi, un réel problème, les personnels de l’Éducation nationale ayant un don rare pour se mouvoir avec une grâce serpentine dans des rouages toujours plus serrés…

Ce qui est plus douteux, c’est la prétendue hausse de l’exigence académique. On aimerait y croire. Mais comment faire ? Quand on voit l’effondrement absolu, scandaleux, sidérant du niveau des collégiens, comment peut-on imaginer remonter, par un coup de baguette magique, le niveau des lycéens de manière à réduire l’écart qui les sépare d’exigences de type universitaire ? On peut craindre le recours aux tours de prestidigitation des ministères antérieurs. Un exemple de magie ? Problème : comment améliorer le niveau de langue, calamiteux, des élèves ? Solution : en refondant l’évaluation de l’examen, de manière à ce que, pour l’épreuve de LV1, l’examinateur n’ait le choix qu’entre cinq notes : 2, 6, 10, 16 ou 20. Comme il fait passer les élèves de son propre établissement, il ne peut être que très indulgent… Les notes montent, donc le niveau monte. CQFD…

En résumé, de bonnes choses sont en germe dans quelques-unes des réformes annoncées, mais d’autres signes, comme l’attaque injustifiée des écoles hors contrat ou l’absence de réforme réelle de la formation des enseignants, laissent craindre que l’ensemble n’aboutisse qu’à une eau de vaisselle vaseuse. On ne réfléchit, comme toujours malheureusement en France, que de manière centralisée, structurelle et étatique, au lieu de miser sur la liberté et la responsabilité.

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