[ÉDITO] Mercosur : peut-on vraiment faire confiance à Emmanuel Macron ?

On a comme un doute.
Capture d'écran présidence de la République
Capture d'écran présidence de la République

Là est la question. Ce mercredi 12 novembre, le président de la République a rencontré, à Toulouse, une délégation d’agriculteurs du Sud-Ouest. Sujet sur la table : le traité avec le Mercosur. Il leur a assuré qu’en l’état, le traité « recueillera un non très ferme de la France ». Le ministre LR de l’Agriculture Annie Genevard, qui assistait à cette entrevue, a confirmé devant la presse qu’en l’absence de « clause de sauvegarde », de « mesures miroirs » et de « contrôles aux frontières », « la France ne peut pas valider, à ce stade, le projet d’accord avec les pays du Mercosur, parce que ce projet d’accord ne protège pas les intérêts de nos agriculteurs ».

On ne peut être plus clair : un ministre de la République, se faisant en quelque sorte le porte-parole du chef de l’État, affirme haut et fort que ce traité est donc mauvais pour nos agriculteurs. Cela devrait couper court, en principe, aux dissertations filandreuses que l'on peut lire, ici et là, sur les bienfaits de ce traité pour ce fleuron français qu'est notre agriculture.

Ursula, imperatrix !

Un traité, pour le volet commercial (il existe un volet « coopération politique » de cet accord qui, lui, ne mange pas de pain), rappelons-le, au cas où on l’aurait déjà oublié, qui a été négocié par la Commission, puisque c’est de sa compétence exclusive, en vertu des traités de l’Union, et signé « souverainement » par Ursula von der Leyen le 6 décembre 2024 à Montevideo, en Uruguay. « This agreement is a win for Europe » (Cette accord est une victoire pour l'Europe), trompettait-elle alors, sur X. Pour le Mercosur, signèrent les États membres (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) de ce Marché commun sud-américain de 270 millions d’habitants, et, pour l’Union européenne (450 millions d’habitants), madame von der Leyen toute seule… La France (on ne va pas vous refaire le film du référendum piétiné en 2005 par Nicolas Sarkozy) a signé pour l'UE, il faut donc se plier !

Oui, mais alors, revenons à notre question : peut-on vraiment faire confiance à Emmanuel Macron ? On peut en douter, compte tenu de ses prises de position successives, pour ne pas dire revirements, depuis des années sur ce sujet. Au début de son premier mandat, tout feu, tout flamme, en chantre du libre-échange à tout crin, Macron voyait la signature de ce traité avec le Mercosur comme la promesse d’une nouvelle ère de prospérité, tout ça... Redescendu sur la terre qui ne ment pas, confronté à la dure réalité et à la colère paysanne qui montait, il fallut bien qu’il en rabaisse, au point de tordre un peu la vérité (certains appellent ça mentir), en janvier 2024, lorsqu’il déclara, au Salon de l’agriculture, que la Commission européenne avait tout bonnement interrompu ses discussions. « N’en déplaise à Emmanuel Macron, il n’y a jamais eu de coup d’arrêt dans les négociations entre l’UE et le Mercosur », avait immédiatement démenti Valdis Dombrovskis, le directeur de cabinet du commissaire européen au commerce. BV, qui a un peu de mémoire, s’en souvient : relire l’article de Marc Baudriller à l’époque. La preuve éclatante, dix mois plus tard : Ursula imperatrix signait de sa blanche main le traité.

Phase finale ou terminale ?

Aujourd’hui, nous sommes donc dans la phase de ratification, phase finale, pour ne pas dire terminale, pour nos agriculteurs, si le traité reste « en l’état ». Alors, on en vient à cette « clause de sauvegarde », à ces « mesures miroirs », ces « contrôles aux frontières », toutes mesures, si l’on a bien compris, qui pourraient bien ressembler à un miroir aux alouettes. On voit déjà ce que donne le contrôle aux frontières des personnes et même des produits (on reparle de Shein, histoire de retourner le couteau dans la plaie ?).

Un exemple, mis en lumière par le syndicat agricole Coordination rurale (CR) : la clause de sauvegarde proposée tout récemment par la Commission. Elle a imaginé un « mécanisme » qui permettrait de suspendre temporairement les préférences tarifaires si les importations venaient à augmenter fortement ou à causer un préjudice grave. Un peu flou, tout ça. Cependant, des indices ont été retenus : +10 % de volumes de produits, ou des prix des produits Mercosur 10 % plus bas que l’année précédente et demeurant 10 % sous les prix de l'Union européenne. Dans ces cas, la clause de sauvegarde serait possible à la demande d’un ou plusieurs États membres, y compris en cas de dommage géographiquement concentré. Cette suspension serait provisoire et en 21 jours dans les cas urgents. Un suivi semestriel serait effectué par la Commission, le Parlement et le Conseil. Vous la voyez, l’usine à gaz qui se profile à l'horizon ?

Et vous allez encore mieux comprendre en lisant la suite. Comme l’explique la CR, « les écarts de prix intra-UE vident la clause de sa substance : en France, 100 kg de filet de poulet ≈ 820 €, contre ≈ 641 € en moyenne UE (≈ 439 € en Roumanie). Déclencher à –10 % du prix moyen européen revient, de fait, à attendre environ –29 %, en France, avant d’agir. La moyenne européenne lisse des réalités nationales très contrastées. » On n'est pas certain que, dans ces conditions, il y ait encore des agriculteurs français, mais ce dont on est sûr, c'est qu'on ne devrait pas manquer de fonctionnaires européens pour faire tourner l'usine à gaz.

Alors, faut-il faire confiance à Emmanuel Macron pour faire infléchir la Commission ? On a comme un doute.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

127 commentaires

    • Il fait tout pour lutter contre le terrorisme mais il permet tous les ingrédients pour qu’il y ait des attentats.
      Immigration de masse de gens pour une grande partie qui n’aiment pas la France plus OQTF non renvoyés .
      Quant au Mercosur , heureusement que BV a de la mémoire comme le rappelle Georges Michel.
      La clause de sauvegarde est une arnaque dans un marché européen aussi peu harmonieux entre les états avec une France au particularisme agricole tellement marqué .
      Il faudrait inscrire l’agriculture française au patrimoine mondial de l’unesco .
      Cette variété de terroirs a fait la richesse de la France son art de vivre , sa gastronomie .
      Mais tout cela est fragile et doit être protégé
      Pendant que l’on discute pour importer en masse des bovins d’amérique du sud issus de fermes usines ou sur des territoires immenses , on est en train de bousiller des cheptels entiers de nos régions.pour des raisons soit disant sanitaires .
      Tout cela sur ordre de fonctionnaires qui appliquent des mesures liées à des normes européennes imposées .

  1. Je ne fais aucune confiance à Macron ! pour le mercosur ou quoi que ce soit d’autre ! hier, j’ai coupé le son lors de son blabla habituel ; démagogie et toujours les mêmes litanies, je suppose ; restons unis nous ne cèderons pas, nous faisons le maximum pour lutter contre le terrorisme etc… on connaît la chanson mais il faudrait qu’il change un peu car ça sonne faux !

  2. Macron est tout sauf fiable , les agriculteurs le savent , mais continuer à les mépriser met le feu aux poudres . Avec les étudiants ils sont la classe de la société dont dépend la paix et la tranquillité de nos rues. Une jacquerie risquerait de lancer une révolte. Macron continue son cinéma et on n’est pas au bout de ses performances.

  3. Faut-il faire confiance à Emmanuel Macron ?

    Le matin certainement pour les optimistes, mais comme il dit le contraire avant le soir, il est plus prudent de se fier aux pessimistes.

  4. « Faut-il faire confiance etc ? » Il me semble que la réponse est évidente, on le connaît depuis (bien trop) longtemps !

  5. Faisons confiance à notre champion hors catégories de l’échec permanent. Encore une fois il devrait réussir sans trop forcer son talent, à ridiculiser la France : le mercosur sera appliqué et notre agriculture en mourra. Mais il aura œuvré toute sa vie pour cela : détruire la France pour soumettre les Français à toutes sortes de tutelles pires les unes que les autres : l’UE, l’´OTAN, l’Islam conquérant.
    Son double quinquennat restera dans l’histoire la version contemporaine des sept plaies d’Egypte qui ont pendant dix ans déferlé sur la France par la grâce de l’incompétence de cet homme qui a trompé bien des Français. Se présentant comme un Mozart de la finance il s’est révélé rappeur des quartiers nord. Se comparant à Jupiter, il s’est révélé Hades pour la souveraineté française.

  6. la confiance ça se mérite, et jusqu’à présent il n’a jamais rien fait pour la mériter. Il s’est tellement renier, il a tellement dit blanc le matin, gris le midi et noir le soir sur le même sujet que le doute est permis. En fonction de ses interlocuteurs il fait des virages à 360°

  7. Lui faire confiance ? « On a comme un doute ». Moi je dirais un GROS doute. L’imperator est une marionnette entre les mains — pas innocentes pour deux sous — de l’autoproclamée reine de l’UE. Et puis de toute façon, il a une telle détestation de la France et des Français qu’il jubile intérieurement de bousiller notre agriculture et nos agriculteurs.

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