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Economie - Editoriaux - Histoire - International - 3 avril 2020

Économie de crise : le « moment keynésien » en question

Dans une interview accordée à France Inter, le 31 mars, l’économiste nobelisée Esther Duflo a parlé de « moment keynésien » pour désigner la situation actuelle. Pour rappel, Keynes est l’économiste qui, le premier, a mis en avant les vertus de la dépense publique pour relancer une économie en temps de grande crise. Il a prôné déficit public massif et dettes souveraines pour aider un pays en difficulté à redémarrer. Ce qui a inspiré la politique du New Deal de Roosevelt pour sortir de la crise de 1929 ou encore le plan Marshall pour faire repartir et reconstruire l’économie européenne au sortir de la Deuxième Guerre mondiale.

Moi qui ai tant critiqué le keynésianisme, en particulier dans mon livre Le Crépuscule de l’Occident, je suis pour cette fois d’accord avec Esther Duflo et tous les keynésianistes pour dire que oui, pour le coup, la situation actuelle nécessite vraiment de la dépense publique massive pour faire redémarrer le système en panne. Car il s’agit d’une crise de la demande, faute de consommation, et, donc, seule de l’injection d’argent dans le circuit fera repartir le système.

Sauf que le moment keynésien dont parle Esther Duflo dure, en réalité, en France, depuis 45 ans sans interruption : rappelons que le dernier budget en équilibre date de 1945, qu’on a dépassé, certaines années, les 7 % de déficit par rapport au PIB, que depuis 2003, la France présente sans discontinuer un déficit supérieur à 3 %, c’est-à-dire en infraction avec les critères de Maastricht et de bonne gestion de la dépense publique. Tout cela se paie en termes d’impôts, de taxes, de charges sociales : rappelons que la France est, aujourd’hui, le pays le plus fiscalisé du monde !

En fait, le moment keynésien dont parle Esther Duflo, en France, c’est tout le temps : le déficit est de 3 à 4,5 % du PIB par temps calme, 6 à 7 % en temps de crise, comme entre 2008 et 2012… La dette ne cesse d’augmenter : plus de 2.400 milliards en 2020 (Le Figaro) – le double d’il y a douze ans.

Pas grave, entend-on sur les plateaux, en ce moment de grande dépression. Sauf que l’intégralité de l’impôt sur les revenus que l’on paie est déjà consacré aux intérêts de la dette : oui, tout ce que vous payez en IRPP (impôt sur le revenu des personnes physiques) ne sert qu’à servir le coût de la dette ! Comme la dette va forcément bondir de 20 % après cette crise (selon l’économiste Nicolas Bouzou, le 30 mars, sur CNews), soit environ 500 milliards d’euros de plus, vous imaginez le tableau, après… On parle des insuffisances de notre système de santé, mises en exergue par cette pandémie : quand on consacre tant d’argent à rembourser les dettes, il n’y en a plus ni pour la santé, ni pour la police, ni pour l’armée, ni pour l’Éducation nationale… À force de tirer sur la corde, elle finit par casser. Quand Keynes parlait du recours au déficit, il évoquait cela sur une période de deux ou trois ans, pour pousser une économie à l’arrêt. En France, cela fait 45 ans que l’on pratique cette politique : on a fait d’une solution d’urgence la règle de gestion courante.

Aujourd’hui, nous sommes contraints de nous endetter massivement, il ne peut en être autrement, sinon, nous mettrons dix ans à repartir. Mais demain, la dette passera à 120 % du PIB, impôts et taxes grimperont à des niveaux vertigineux : sans une réforme de l’État, des services publics, du système de protection sociale, nous coulerons sous le poids des dettes, des impôts, bref, de ce keynésianisme qu’on a mis à toutes les sauces…

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