« Le confinement permet de sauver une vie toutes les huit minutes », c’est ce qu’a affirmé, sur Sud Radio, le matin du 3 avril, Stanislas Guerini, délégué général d’ ! et député LREM de , pour illustrer les propos tenus, la veille, par le Premier ministre lorsqu’il a envisagé de poursuivre le confinement de la population.

Sur le conseil des communicants, « Sauver des vies » est devenu le leitmotiv qui revient en boucle dans les discours officiels actuellement. Cependant, affirmer que le confinement permet de sauver une vie toutes les huit minutes relève d’avantage d’une affirmation gratuite que d’une véritable étude scientifique.

Que le confinement soit une mesure nécessaire pour atténuer cette épidémie contre laquelle nous n’avons pas beaucoup de moyens de lutte, on peut l’admettre, mais faire de telles affirmations relève soit d’un excès de stupidité « bisounoursienne » de la part de l’orateur soit d’un mépris éhonté pour ses interlocuteurs qu’il considère comme des demeurés.

Depuis le début de cette crise, nous avons droit à des discours qui mettent en avant des arguments plus ou moins techniques, et toujours moralisateurs, seulement destinés à rassurer le public et obtenir son adhésion pour des mesures contraignantes.

Ce type de discours infantilisant est assez méprisant pour les citoyens que nous sommes, supposés incapables de comprendre autre chose. On peut se demander si cette infantilisation de la parole officielle et la surmédiatisation de certains aspects de cette crise sont destinées à occulter des problèmes plus profonds sur le fonctionnement de notre ou s’il s’agit de convictions sincères, ce qui serait plus inquiétant.

Nous n’étions pas prêts pour faire face à cette crise, c’est une évidence. Nous n’avions ni les infrastructures, ni le matériel, ni le personnel suffisant pour gérer un afflux de malades aussi soudain.

Depuis plusieurs années, les responsables sanitaires (ministère, ARS, directeurs d’) dirigent les établissements de soins comme des entreprises industrielles et pratiquent la politique du flux tendu avec les malades comme on le ferait pour des pièces détachées automobiles. C’est ainsi qu’une mère venant d’accoucher peut voir son bébé nécessitant des soins de réanimation postnatale être envoyé dans un hôpital à plusieurs centaines de kilomètres de là, car les possibilités de prise en charge locale on été réduites au strict minimum (on peut multiplier ce type d’exemple).

Les malades ne sont pas des produits quelconques qui doivent obligatoirement s’inscrire dans une procédure rentable. Il faudra enfin s’en rendre compte un jour. Mais nos dirigeants actuels et passés ne semblent pas être conscients de ce problème, et il semble que les réalités du terrain (manque de lit, manque de personnel) leur aient échappé, sinon comment expliquer qu’en début de crise, ils aient décidé de diriger tous les malades suspects de Covid-19 vers des structures publiques qui n’étaient pas en mesure de recevoir un tel afflux de malades ?

Espérons qu’ils sauront en tirer les conséquences, une fois la crise passée, mais qu’en attendant, ils cessent de nous infantiliser avec leurs discours, sinon on pourrait croire qu’ils ne sont destinés qu’à masquer leur incompétence.

3 avril 2020

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