Le coronavirus est-il un motif de régularisation pour les sans-papiers ? C’est ce que pensent les quinze députés de gauche qui viennent d’adresser une requête en ce sens au gouvernement.

Le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert est à l’origine de cette initiative. D’abord membre de Génération Écologie puis d’EELV, il a été réélu en 2017 sous la bannière LREM… qu’il a quittée un an plus tard. Pas assez à gauche pour ce natif de La Havane, sans doute…

Dans cette tribune, il appelle avec ses camarades – notamment Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Fabien Roussel, secrétaire national du PC, et la macroniste Sonia Krimi – à s’inspirer du modèle portugais. Petite parenthèse, ici, sur Mme Krimi : tunisienne, elle est française depuis 2012 mais a conservé sa nationalité d’origine, milite à la gauche de la gauche de la majorité.

« Nous demandons solennellement au gouvernement français de prendre les mêmes mesures que le gouvernement portugais », disent ces députés, c’est-à-dire d’offrir aux sans-papiers sur notre territoire « les mêmes droits que les citoyens portugais pour l’accès aux soins et pour les aides financières ». C’est, affirment-ils, « une mesure de salubrité publique qui protège tous les habitants du Portugal », aussi bien « la catastrophe sanitaire que nous subissons nous oblige à agir avec responsabilité et sans délai, comme nos amis portugais l’ont fait ».

C’est grand, c’est généreux ; vu sous cet angle et présenté comme cela, on ne voit d’ailleurs pas qui aurait l’audace d’être contre… Si bien que les pétitionnaires ont reçu le soutien enthousiaste de certains confrères, quand bien même ceux-là n’ont pas signé ladite tribune. Ainsi Aurélien Taché, député du Val-d’Oise passé du PS à LREM, s’est-il indigné, sur Twitter : « Alors que le Portugal régularise ses sans-papiers, la France ferme ses guichets d’enregistrement pour les demandeurs d’asile. Face à la crise Covid-19, faire preuve de solidarité ne doit pas être à géométrie variable. »

Fort bien, allons donc voir ce qu’ont réellement fait nos amis portugais.

Tout d’abord, ils se sont dotés, en 2015, d’un gouvernement socialiste soutenu par les communistes et le Bloc de gauche, ce qui n’est pas tout à fait notre cas… Surtout, le gouvernement d’António Costa n’a pas offert la régularisation à tous les sans-papiers, comme le laissent entendre nos généreux députés, mais a pris la décision de prolonger, pendant la crise du coronavirus, les droits des immigrés en cours de régularisation. Ces droits qui devaient expirer au 25 février sont donc prolongés juqu’au 30 juin. Nuance d’importance.

Enfin, et c’est un élément essentiel pour comprendre cette mesure : l’ vers le Portugal n’a rien à voir avec celle qui se présente à nos portes. La très grande majorité des immigrés en attente de régularisation sont brésiliens, donc de culture portugaise. Leur exil est massif depuis la crise économique de 2015 et il s’est accéléré avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, le 1erjanvier 2019 : de +23,4 %, en 2018, à +43 %, en 2019 (Le Point)… Un système de « visas dorés » a même été mis en place par le gouvernement socialiste, fin 2012, autorisant les « autorisations de résidence pour investissement ». Si les Chinois en sont toutefois les premiers bénéficiaires, les riches Brésiliens arrivent juste derrière.

Le Portugal attire aussi beaucoup d’étudiants dans « un pays culturellement proche » et « réputé pour sa qualité de vie et sa sécurité », souligne L’Express. Enfin, le gros des troupes travaille dans les emplois de service, le BTP, l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration. Dans une bien moindre mesure, le Portugal accueille aussi des Asiatiques (majoritairement des Chinois) et des Africains lusophones.

On le voit, cette immigration-là est difficilement comparable à la nôtre…

Reste une question pour nos généreux députés : à la fin du confinement, on fait quoi ? On dérégularise ?

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