Le 10 novembre 2019, Élisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, défendait « un scénario 2050 100 % renouvelables développé dans la programmation pluriannuelle de l'énergie ». Fraîchement nommée par Emmanuel Macron chargé de la Planification écologique, elle a annoncé récemment un objectif tout aussi critiquable : « sortir des énergies fossiles à l’horizon 2050 avec une volonté de radicalité dans l'action tout en portant les transformations nécessaires avec pragmatisme et dans la concertation ».

L’approche d’Élisabeth Borne est ce que nous appelons un « agenda inversé ». Elle se donne un objectif a priori irréalisable (il y aura encore au moins 30 % de fossile dans le mix énergétique français à l’horizon 2050 !), recherchant a posteriori les moyens techniques et économiques pour y arriver, quitte à utiliser la radicalité s’ils s’avèrent impossibles à réaliser. Étonnant de la part d’une femme ingénieur de haut niveau (une X-Ponts !) mais classique en politique où cet artifice est couramment utilisé, surtout sur le long terme. Aujourd’hui âgée de 61 ans, Élisabeth Borne fêtera ses 90 bougies en 2050 !

Les agendas inversés foisonnent dans le domaine climato-énergétique, où les échéances sont volontairement déconnectées des agendas politiques « court-termistes ». Ainsi en est-il des accords de Paris et de l’objectif non contraint des 1,5 °C décrété lors de la COP21. Sans moyens, sans base juridique et surtout sans programme, l’accord était dès le départ totalement irréaliste et n’avait aucune chance d’être réalisé. Loin de l’infléchir, les émissions de à effet de serre (hors effet Covid-19) se sont accrues de 3,5 % depuis 2015. (BP Statistical Review 2020).

Les députés européens se sont accordés, ce mercredi 8 juin, sur un agenda inversé visant à réduire les émissions de à effet de serre (par rapport aux niveaux de 1990) d'au moins 55 % d'ici à 2030 et à parvenir à la « neutralité carbone » d'ici à 2050. Sur les trente dernières années, les émissions européennes de carbone ont été réduites de 22 % (un record à l’échelle mondiale), soit en moyenne de 0,7 % par an. Pour satisfaire l’objectif de 55 %, il faudrait réduire la valeur 2019 de 4,3 % par an (BP Statistical Review 2020). Un objectif inaccessible « sauf à mettre en place dans chaque État membre des moyens coercitifs vis-à-vis de l’ et des populations ».

La mesure phare proposée est l'interdiction, à partir de 2035, de vendre au sein de l'Union européenne des véhicules neufs équipés de moteurs diesel, essence ou hybride. Compte tenu de la durée de vie, estimée à quinze ans, d’une voiture thermique, le parc 2050 serait alors totalement décarboné (électricité, voire hydrogène). Ce nouvel agenda inversé est plus que critiquable sur bien des plans.

Le coût sera exorbitant pour l’industrie automobile européenne. Devant restructurer complètement toutes leurs chaînes de fabrication, les constructeurs automobiles seront inévitablement tentés de délocaliser leurs activités dans des pays où la main-d’œuvre est plus économique,

De nombreux composants majeurs des voitures électriques (batteries, piles à combustible) sont fabriqués dans le Sud-Est asiatique avec des métaux rares non présents sur le continent européen. Cette double dépendance pourrait encourager un peu plus la délocalisation des activités, les constructeurs souhaitant se rapprocher des producteurs de composants.

L’organisation territoriale de l’usage extensif de la voiture électrique est aujourd’hui loin d’être résolu. Le problème n’est pas seulement la fabrication des véhicules. Il faut aussi distribuer l’électricité. Or, de nombreuses grandes métropoles européennes n’y sont pas adaptées : comment recharger quotidiennement votre voiture quand vous habitez au sixième étage d’un immeuble parisien ?

Cerise sur le gâteau : le bilan carbone de la mobilité électrique peut s’avérer, dans bien des cas, plus catastrophique que celui d’une voiture thermique. D’une part la fabrication des batteries est très émettrice de carbonique, d’autre part de nombreux mix électriques européens (Allemagne, Pologne, République tchèque) restent très carbonés.

J’en prends le pari, fondé sur un agenda inversé aussi stupide qu’irréaliste : le green deal européen se soldera par un échec total, comparable à celui de l’Energiewende allemande. Mais, comme pour Mme Borne en 2050, pas d’inquiétude pour Mme von der Leyen. En 2035, elle profitera tranquillement d’une retraite bien méritée !

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26 juin 2022

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42 commentaires

  1. Que de lois pour notre pauvre petit Pays qui couvre 0,3% de la Planète…
    Notre voisine allemande revient au « tout charbon ». Mais les « effluves » sont arrêtées aux frontières ! Ouf !
    L’Ecologie est une Tartufferie hors de prix.

  2. Avec la ré ouverture des mines de charbon en pays d’Europe, à commencer par la France en Moselle il me semble, à cause de la Guerre en Ukraine !, je voudrai bien savoir ce qu’en pensent les « écolos politiques » alliés à la Macronie ? ! ! ! Finalement retour à la case départ, comme au Jeu de l’Oie….! Les Progressistes ils se disent ! pour les Lois Sociétales ok à déconstruire afin de soumettre les peuples à leur Hégémonie, mais en progrès véritables que Macron laisse la place….Il serait temps

  3. L’Europe va se suicider à faire des efforts, certes louables, mais que ni les américains ni les chinois ne feront, consommant et brulant tous les combustibles fossiles que nous ne brulerons pas en Europe. Tout le pétrole disponible dans le sous-sol de la planète sera brulé jusqu’à la dernière goutte. La seule question c’est par qui ? Et en combien de temps ?

  4. Que ces donneurs de leçons commencent donc a faire des économies sur leurs moyens de transports à eux : un falcon pour aller voter pour ne citer que celui ci .La voiture électrique polluent davantage et surtout ces gros cargos que personne n’interdit qui à eux seuls polluent plus que tout le parc automobile .Quand aux éoliennes on se demande à quoi elles servent .Borne est comme Macron , une inutile nuisible.

  5. En reprenant une rasade de « Bravitude », Mme. Borne pourrait rouvrir Fessenheim ! Ce serait plus simple qu’attendre 15 ans un nouvel EPR !

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