Le saviez-vous ? Les maires, en vertu d’un décret de 1852 qui, par miracle de l’administration française, n’a jamais été abrogé, ont droit à un costume officiel. Description : « habit bleu, broderie en argent, branche d’olivier au collet, parements et taille, baguette au bord de l’habit, gilet blanc, chapeau français à plumes noires, ganse brodée en argent, épée argentée à poignée de nacre, écharpe tricolore avec glands à franges d’or ».

Cela doit être très joli et ne pas manquer d’allure, mais il faut reconnaître aussi que c’est un tantinet tombé en désuétude par chez nous. Certes, de temps à autre, on voit bien un maire porter cet habit, peut-être pour se faire passer pour un académicien, mais c’est uniquement au moment de et dans la crèche. On notera, d’ailleurs, que rien n’est précisé au sujet des souliers. C’est là le hic ou, si vous voulez, que le « bas » blesse. Car c’est important, les souliers. Chaussures à boucles ou à pompons ? Couleurs des boucles ou desdits pompons ? On les imagine or, assorties aux glands de l’écharpe, mais la précision administrative, qui est pourtant à la France ce que la précision horlogère est à la Suisse, n’est pas allée jusqu’à ce qui n’est peut-être qu’un détail pour vous.

Dommage. Cela aurait peut-être permis de faire un rappel à la loi à l’un des adjoints au maire du IVe arrondissement de Lyon. En effet, sur la photo de groupe des élus de cet arrondissement, on le voit arborer, outre son écharpe d’adjoint – glands argent -, d’abomiffreuses sandales que même le n’oserait pas porter en vacances à Castel Gandolfo. Manque que la paire de chaussettes en laine de lama équitable. Précision inutile, mais on le fait quand même : cet élu est écolo comme tous ses petits camarades qui se sont emparés de Lyon et de sept des neuf arrondissements. Le grand chelem, ce sera pour la prochaine fois. Ou jamais. Oui, je sais : l’habit et la paire de sandales ne font pas le moine ou le maire, la seule élégance qui compte, c’est celle du cœur, pour paraphraser Yves Saint Laurent, une élection n’est pas un concours d’élégance et toutes ces sortes de choses… Certes, mais il n’est pas interdit, non plus, de ne pas se moquer du peuple qui vous a élu. Ou qui ne vous pas élu, tant qu’à faire.

Venez à la mairie comme vous êtes, les hommes en tongs, les femmes peignées comme des dessous de bras et les dessous de bras coiffés comme des pétards. Et pourquoi pas tout nu ? Nous sommes à la Croix-Rousse, le quartier des canuts, ces ouvriers des soieries lyonnaises d’antan. « C’est nous les canuts/Nous allons tout nus » : on connaît la chanson composée en 1894 par Aristide Bruant.

Pour info, ce jeune pénitent écologiste s’appelle Samuel Mecklenburg. Bonjour, Samuel. Tu fais quoi, dans la vie, Samuel, quand tu ne te balades pas avec ton écharpe tricolore et les « sandales à Jésus » fabriquées en Chine ? Étudiant en master Design d’espace à l’École nationale supérieure des beaux-Arts de Lyon et responsable des partenariats à la Fédération des récupérathèques. Bien. Et c’est quoi, une récupérathèque ? Je connaissais la bibliothèque, la pinacothèque, la discothèque, mais pas la récupérathèque. Dis-moi, c’est quoi ? « Une récupérathèque est un magasin collaboratif de matériaux de réemploi au sein d’une école de création (arts, architecture, design, stylisme, arts de la scène, etc.) fonctionnant avec sa propre monnaie ou son propre système d’échange, et visant à favoriser la durabilité et la création de lien social. »

Du coup, je comprends mieux, pour les sandales. Tu sais quoi, Samuel ? Ne change rien. Tu devrais même proposer une paire de grolles tirée de ta récupérathèque à Brune Poirson. Elle est à fond dans l’économie circulaire et, en plus, elle est d’une élégance rare. Je suis sûr que ça lui plaira.

17 juillet 2020

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