Donner à notre continent toutes les clefs de l’espace…

Patrick Baudry, premier spationaute… africain, né à Douala au Cameroun, français et européen, a volé sur la navette américaine Discovery. Reconverti pilote d’essai chez Airbus Industrie où il a participé au développement des différents modèles, du A320 au A380, Patrick Baudry est aujourd’hui conférencier, consultant en activités aéronautiques et spatial, mais surtout ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO et envoyé spécial pour « La Paix et les Enfants.

En 2014, il avait donné une interview à Boulevard Voltaire et aujourd’hui, à l’occasion du retour sur Terre de Thomas Pesquet, il a bien voulu actualiser cet entretien.

Ingénieur en aérospatial et pilote de ligne, Thomas Pesquet, 38 ans, est devenu le dixième Français et le plus jeune Européen à aller dans l’espace. Seuls la Russie et les États-Unis ont réussi, à ce jour, à envoyer plus de dix hommes dans l’espace. Qu’en pensez-vous ?

Je suis très heureux qu’après tant d’années, un spationaute français ait pu à nouveau participer à cette mission de six mois passés dans l’espace, à 400 kilomètres en orbite autour de la Terre, mais j’aurais surtout été très heureux qu’un véritable objectif, ambitieux et conquérant, soit enfin défini. Je rêve d’un Thomas Pesquet allant bien au-delà de la frontière de la station spatiale internationale.

C’est-à-dire ?

Assez des demi-mesures, des vols pour se faire plaisir ! Nous, astronautes, nous voulons poser le pied sur Mars, nous installer sur la Lune, avancer et conquérir ! Tout semble nous dire, aujourd’hui, que nous avons abandonné douze hommes sur « leur Lune » ! Or, il n’en est rien. C’est bien la Lune que nous avons abandonnée, elle qui attend de sentir à nouveau sur son sol son prochain visiteur, elle qui passe son temps à contempler cette Terre si peuplée qui n’envoie plus personne lui rendre visite…

Mais l’aventure spatiale continue avec la station internationale (ISS) et Thomas Pesquet, non ?

L’ISS est devenue un boyau tentaculaire où personne ne fait plus rien de très utile ni de très nouveau. En panne les USA, en panne la Russie, et la Chine qui avance à un rythme ridicule, se contentant de refaire ce qui avait été accompli il y a un demi-siècle… Que sera, en 2057 – 100 ans après Spoutnik –, la conquête spatiale devenue ? Un « toujours rien de plus » ou le bel apogée d’une conquête relancée ?

Et l’Europe, dans tout cela, après l’abandon de l’avion spatial européen Hermès, dont vous étiez l’un des initiateurs ?

Les grandes idées ne naissent que de la volonté des hommes, et leur abandon de leur pusillanimité… Que retiendront de nous les générations futures, les enfants que je rencontre tous les jours ? We had a dream… Nous avons besoin de RÊVE et, en période de crise, comme celle que nous vivons aujourd’hui, intense et sans précédent, le rêve demeure aussi indispensable que le pain…

Et quand vous accrochez ce RÊVE… aux étoiles, vous rêvez de quoi ?

Je rêve d’un homme qui rendra la France capable de mener, en Europe, un projet réellement ambitieux. Un homme qui reprenne les objectifs d’Hermès afin de donner à notre continent toutes les clefs de l’espace. Je rêve, en fait, tout simplement, que l’Europe elle-même provoque un élan vers de nouvelles conquêtes et ne se contente pas de suivre les décisions des superpuissances en ce qui concerne la présence de l’homme dans l’espace. Ces décisions sont fades et sans audace. Alors, OSONS conquérir à nouveau la voie laissée à l’abandon quelques décennies plus tôt et poursuivons la route, sans plus jamais nous arrêter en cours de route. “Les fous ouvrent des voies qu’empruntent ensuite les sages”, disait, je crois, Calo Dossi avec conviction. Les premiers explorateurs de l’espace ont été ces fous et ces sages et, souvent, ils ont été les deux à la fois !

Entretien réalisé par José Meidinger

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