Discours de Macron sur la dissuasion nucléaire : est-on bien avancé ?
Au lendemain du discours d’Emmanuel Macron sur la stratégie nucléaire de notre pays, tout le monde – ou presque – est donc rassuré : le pouvoir d’appuyer sur le bouton restera français, dans les seules mains du président de la République. Les complotistes à la petite semaine, qui hurlaient avant d’avoir mal, ont été bien eus. Certes. Mais ce discours n’est pas sans poser quelques questions, lorsqu'on le relit au calme et avec un peu de recul.
« J’ordonne », dit le Président...
Bien sûr, si l’on est conscient des dangers qui parcourent le monde, on ne peut qu’approuver Emmanuel Macron lorsqu’il déclare : « Ma responsabilité est d'assurer que notre dissuasion conserve et qu'elle conservera à l'avenir son pouvoir de destruction assuré dans l'environnement dangereux, mouvant et proliférant. » En revanche, lorsqu’il ajoute : « C'est pourquoi j'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal », on est quelque peu interloqué. Le président de la République, tout chef des armées qu’il est, ne peut ordonner que ce qui s’inscrit normalement dans un cadre budgétaire fixé par la représentation nationale. Représentation nationale qui, du reste, est la grande absente de ce discours de l’île Longue – si l’on excepte les élus locaux en écharpe, conviés pour faire joli. En effet, pas une seule fois elle n’est citée. C’est pourtant la représentation nationale qui vote le budget – même si c’est à coups de 49.3. C’est, du reste, elle qui a voté la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 et l’a adoptée à une écrasante majorité, le 13 juillet 2023, il faut le souligner. Cela aurait été pas mal qu’il le rappelle.
Et donc, lorsque Macron déclare « J’ordonne », cela plaît peut-être aux militaires, ça fait bien lorsqu’on dit ça devant un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, mais la réalité est un tantinet différente. Parce que, pour l’instant, rien n’est inscrit dans la LPM. Du reste, ce mardi matin, Catherine Vautrin, ministre des Armées, chargée du service après-vente, a tenu à préciser que le coût de l’augmentation du nombre de têtes nucléaires sera financé par le budget supplémentaire prévu par le projet d’actualisation de la LPM. Un projet de loi qui sera présenté au printemps. Donc, rien n’est fait. Mais il y a longtemps qu’Emmanuel Macron a décroché de ces réalités démocratiques.
« Une démarche progressive ». C'est-à-dire ?
Maintenant, que dire de ce désormais fameux concept de « dissuasion nucléaire avancée » ? Que ce n’est pas très clair. Comme souvent, avec Emmanuel Macron. Preuve en est que chacun a pu y trouver son compte, y compris, au plan politique, dans une grande partie du camp souverainiste. Emmanuel Macron a tenu à rappeler que « notre sécurité ne s'est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire. C'est un fait évident de la géographie qui est là et qu'on ne peut négocier. » C’est vrai. Et nous l’évoquions encore, dimanche soir, en citant cet extrait fondamental du Livre blanc de la défense de 1972 : « Si la dissuasion française est réservée à la protection de nos intérêts vitaux, la limite de ceux-ci est nécessairement floue […] La France vit dans un tissu d’intérêts qui dépasse ses frontières. Elle n’est pas isolée. » Le Président actualise, en quelque sorte, le discours de 1972 en déclarant : « Aujourd'hui plus que jamais : l'indépendance ne peut être la solitude. Dans le domaine nucléaire, cela a été reconnu par tous mes prédécesseurs sans distinction. »
Cela dit, la dissuasion nucléaire avancée est, précise Macron, « une démarche progressive ». Qu'est-ce à dire ? On devine, derrière ces mots, l'agenda politique européen qui est le sien et qui est le combat de sa vie. C’est donc par une politique de petits pas, de démarche du bas vers le haut (l'évocation, par le président de la République, de visites de sites nucléaires par nos alliés peut d'ailleurs faire sourire), avec sans doute la mise en place de crans d'irréversibilité, pour aller – on le devine – vers plus d’intégration. Macron ne le dit pas, il ne peut pas le dire dans le contexte politique français, mais c’est évident. Certes, le Président nous dit qu’« il n'y aura pas non plus de partage de la définition des intérêts vitaux, qui restera d'appréciation souveraine pour notre pays ». Ajoutant : « Et pour cette raison, comme dans les autres alliances nucléaires, y compris lorsqu'elles ont des plans et des procédures, il n'y aura pas de garantie au sens strict du terme. » Pas de « garantie au sens strict du terme » ? Or, en même temps, Macron parle d’« épaulement ». Je t’épaule, tu m’épaules, nous nous épaulons. Les mots ont un sens. Pas de « garantie au sens strict du terme » ? Or, toujours en même temps, Macron nous dit que « l'Allemagne sera un partenaire clé de cet effort, naturellement, le plus ambitieux dans l'esprit du traité d'Aix-la-Chapelle ». Nous y voilà donc.
Un « groupe de pilotage nucléaire » franco-allemand
Nous entrons, en effet, dans le cœur du sujet. Car que dit le traité d’Aix-la-Chapelle de 2019, et notamment son article 4 ? On l'avait oublié, ce traité d'Aix-la-Chapelle. Pas Macron, pas Merz. « Ils [la France et l’Allemagne] se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression armée contre leurs territoires. » « Tous les moyens » : on ne peut être plus clair ? C'est bien une « garantie au sens strict du terme », pour reprendre les mots de Macron. Donc, exit ce « flou » stratégique des origines qui contribuait à notre dissuasion nationale. La France est bien engagée contractuellement par ce traité. Du reste, ce même 2 mars 2026 – les médias en ont moins parlé –, Emmanuel Macron et le chancelier Merz ont fait une déclaration conjointe qui acte que « dans l’esprit de leur partenariat étroit, tel que défini à l’article 4 du traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne ont décidé de renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces ». Mais cette déclaration annonce surtout que « la France et l’Allemagne ont mis en place un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau qui servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la coordination de la coopération stratégique ». Que l’on sache, l’Allemagne n’est pas dotée de l’arme nucléaire. Est-ce à dire que l’une des parties va apporter à ce groupe de pilotage sa bombe et l’autre les sandwichs et la bière ? L’Allemagne est tout sauf une entreprise philanthropique.
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56 commentaires
Il ment, il sait qu’il ment, il sait que nous savons qu’il ment, mais comme les représentants du peuple, sont muets et acquiescent : seuls l’honneur et l’honnêteté l’empêcheraient, mais ce sont des caractéristiques absentes chez ce grand malade psychologique, alors pourquoi prendre des gants !
« Moins ils ont de talent , plus ils ont d’orgueil , de vanité , d’arrogance .Tous ces fous trouvent cependant d’autres fous qui les applaudissent » ( Erasme ; éloge de la folie 1509 ) Nous reconnaissons bien Macron là !
Peut-on parler de partenariat étroit quand le partenanaire achète des F35? Une fois de plus, notre cher partenaire d’Outre-Rhin va profiter de la situation et nous imposer ses vues; souvenons nous de la fermeture de Fessenheim et de la hausse du prix de l’électricité car l’Allemagne ne supporte pas que l’on puisse faire mieux qu’elle! Il avait même été question, fut un temps, que l’on partage notre siège au Conseil de Sécurité pour être à égalité…
Le problème constitutionnel en France sous la 5è République est que la politique étrangère est devenue un domaine réservé de la Présidence et échappe beaucoup trop au gouvernement et aux parlementaires. Sans parler du peuple.
Les sondages sont clairs: ni l’engagement au Groenland, ni celui en faveur d’une lutte contre le gouvernement actuel de l’Iran, ni le partage de la dissuasion nucléaire avec l’Europe, ne rencontrent l’adhésion de la population. Toutes ces questions auraient mérité d’être débattues aux Assemblées et en Conseil des Ministres AVANT d’être imposées d’en haut par un homme qui recueille 77% d’opinions défavorables dans son pays. Cette situation est inquiétante, démocratiquement parlant.
Si le but recherché est de satisfaire les postulants de l’UE, Nicolas s’interroge. Il est convaincu en revanche que l’arme moderne incontournable étant le drône et ses variantes y compris ses systèmes défensifs, un effort d’ampleur pour en doter à suffisance notre Armée serait judicieux et bienvenu.
« …j’ai ordonné….j’ai demandé… », nous avons tous compris, ignorants que nous étions, le « chef » de nos Armées, c’est Monsieur Macron…..qu’on se le dise. Naguère en faveur de la suppression du nucléaire militaire, aujourd’hui chef des achats d’ogives nucléaires. Le financement ? Un détail…et de toutes façons s’il signera les bons de commande il ne sera plus là pour payer les livraisons. Bref, si tout n’est pas bon à jeter dans son discours, tout arrive trop tard et maladroitement pour retrouver ne serait-ce qu’une part de crédibilité, en France comme à l’Étranger.
« Macron a décroché de ses réalités »: voici une déclaration qui convient tout à fait. Dans un discours des plus flous et long à souhait, il n’annonce pas moins que de faire bénéficier à l’Allemagne de ce qui appartient à la France. Est-il benêt à ce point! Evidemment que l’Allemagne ne va pas refuser ce beau cadeau même venant d’un personnage aussi ridicule que prétentieux. On a pu l’apercevoir très brièvement imitant bêtement un garde national. Il a gardé un coeur d’enfant!
Macron va présenter son cadeau l’an prochain quand Frau Ursula va partir pour un destination certainement déjà en vue pour désigner son successeur la place sera donnée à celui qui viendra avec le plus gros cadeau, pour faire applaudir l’assistance en » stanging ovation » pour la « nomination » de Mister Macron au stade de « guide suprême de l’Europe ». Lui, au même niveau que Trump, Xi, Modi, Lula, Poutine, Xerxes, Ramses, Néron…bon, le dernier n’est pas terrible, mais il faut tout prendre, pauvres de nous….Encore plus gonflé que maintenant, il faudra de la place à la Maison Blanche près de Paris…
Dans le cas d’un usage de la bombe nucléaire partagée , quel pays sera touché par les représailles ? Le pays qui a demandé la frappe ou le pays propriétaire et expéditeur de la bombe ????????
L’histoire du porte-avion dans une mer intérieure va tout de même devoir être expliquée. On vient d’évoquer les porte-avions dans le golfe persique comme étant une mauvaise idée..Je sais pas s’ils y sont mais l’idée est évoquée et Strato-macron ordonne de placer son Charles en mer Baltique ! Cette position me semble bizarre, au milieu d’une mer de l’OTAN, enfin, bon…On arrive donc tout de suite au positionnement des vecteurs nucléaires aussi, donc, autour de cette mer,entourée par la Suède et la Pologne qui vont recevoir les armes assurées depuis « Paris » alors que celles assurées depuis NATO-Brussels sont aussi sur place. Je dis « attention » avec ce genre de commandement » il y aura des interférences au moment ou chaque seconde compte, mais « je dis çà et je dis rien » , comme on dit. Stratomacron est capable de pousser sur son bouton sans prévenir l’OTAN dans ces conditions et comme « on ne me dit rien pour l’Iran, et bien je me venge,na! ».
Enfion, je suis long, mais pour les bases, que les rafales nucléaires soient en France à Fouillis-les-Oies ou à Oskarhagarvikingborg en Scandinavie ne me tracasse pas, les US ont des bases partout et personne ne peut y pénétrer sans patte comme il faut.Pour terminer, je constate que l’Italie se « soustrait » (mot de Strato) à la puissance nucléaire, mais on sait que Madame Méloni n’est pas soeurette de Son illustrissime Grandeur.
La seule question qui vaille : quand est-ce qu’on le met à la porte ?
Mais que font les gouvernants depuis quelques temps ? Ignorer la représentation du peuple.
Que ce soit en France où l’on ne consulte plus le Parlement pour le coeur de la Souveraineté Nationale où à l’UE quand la commission s’assied sur le vote du Parlement à propos du Mercosur.
Comme les peuples votent mal, on ignore donc leurs représentants et on prépare l’avenir en mettant en place des didpositifs de justice qui entraveront un président mal élu.
C’est la démocratie selon les européistes Macron et UVDL.
Un régime illibéral utilise les éléments de la démocratie pour asseoir son autorité dictatoriale.
Souvent Macron varie , bien fol qui s’y fie …
Il n’offre hélas aucune occasion de se fier à lui
ces discours m’inquiètent vraiment jusqu’où ira t’il. Il se voit en chef militaire suprême de l’Europe avec le pouvoir d’appuyer sur le bouton comme on dit . Notre dissuasion nucléaire doit rester Française pour le reste il y a l’OTAN.
On partage mais c’est moi qui paye