Culture - Editoriaux - Réflexions - Société - 29 novembre 2019

D’ici la fin du XXIe siècle, 95 % des langues parlées dans le monde pourraient disparaître

L’ONU et l’UNESCO – il était temps qu’on s’en aperçoive – ont fait de 2019 l’année internationale des langues autochtones sous le thème « Les langues autochtones sont importantes pour le développement durable, la consolidation de la paix et la réconciliation ». Les deux instances estiment qu’il est plus qu’urgent de « préserver, mettre en valeur et revitaliser les plus de 4.000 langues parlées par les peuples autochtones à travers la planète […] Car si rien n’est fait, d’ici la fin du XXIe siècle, 95 % des langues parlées dans le monde pourraient disparaître ou être en péril. » Pour le linguiste Claude Hagège, tout idiome qui disparaît représente « une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une œuvre d’art. »

Certes, nos compatriotes sont volontiers régionalistes : chaque été, on va se « bretonniser » au Festival interceltique de Lorient ou se trémousser en occitan du côté de Montségur ou vocaliser dans le maquis de Porto-Vecchio avec I Muvrini en s’extasiant devant les petits mouflons corses. Mais de retour à Paris, il ne restera rien de cet engouement estival pour les langues autochtones ou régionales qu’aucune année – fût-elle onusienne – ne viendra prolonger et pour cause…

Plus personne, en France, ou presque, ne parle de la fameuse Charte européenne des langues minoritaires que notre pays n’a toujours pas ratifiée. C’est que, de Marine à Mélenchon, la droite et la gauche, à de rares exceptions, s’accordent comme un seul homme pour s’opposer aux défenseurs de la légalisation des en France. On leur tombe dessus à bras raccourcis, leurs contempteurs emboîtant le pas à Michel Onfray qui s’était fendu, sur ce thème, d’une tribune dans Le Monde pour dénoncer « les indépendantistes régionaux, qui font de la langue un instrument identitaire, un outil de fermeture sur soi, une machine de guerre anti-universelle, autrement dit un dispositif tribal ». Qu’en termes agressifs, belliqueux, cela est dit !

« Lorsque des langues autochtones sont en péril, il en va de même pour les peuples », affirme le forum onusien des peuples autochtones. Ce qui est en jeu, complète le député breton Paul Molac, « c’est l’existence même du patrimoine culturel que nous portons, en Corse, en Bretagne, en Alsace et Moselle, en Catalogne, en Flandre, en Savoie, au Pays basque, dans l’ensemble occitan et dans bien d’autres régions françaises attachées à leurs particularités culturelles et linguistiques ». Ce qu’en d’autres termes, avec les mots du cœur, clame haut et fort la chanteuse Nolwenn Korbell : « Oui, il m’importe de parler breton, d’entendre parler breton, de le lire, de l’écrire, de le chanter, de faire sonner et vivre cette langue aussi longtemps que possible […] ma langue me remue les tripes et le cœur car elle me relie à mes grands-mères, à mes ancêtres, à mes parents, à mon fils, à mes amis, à ma terre […] qui par ses noms de villes, de lieux-dits, de rivières, de champs me parlent et me disent leur histoire et me permettent d’y inscrire la mienne. »

Alors, rassurez-vous, braves thuriféraires de la France « une et indivisible », cette Charte des langues minoritaires pas plus que l’année onusienne des langues autochtones ne veulent remettre en cause la suprématie de la langue de Molière, il s’agit simplement d’assurer un minimum vital de protection juridique, de reconnaissance et de soutien à leurs langues et cultures régionales que réclament Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Flamands et Occitans. La France, en signant la Charte des langues régionales et minoritaires, appliquerait enfin chez elle ce qu’elle prêche à l’étranger, quand elle défend la francophonie au Québec ou en Louisiane. À propos, parler corse, breton ou alsacien n’a jamais empêché quiconque de devenir « d’excellents Français », comme le chantait Maurice Chevalier. N’est-ce pas Napoléon, également, qui disait de ses généraux baragouinant l’alsacien « Pourvu qu’ils sabrent français » ?

Tout cela ne semble guère émouvoir le Landerneau culturel.

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