Dans le bureau aménagé sous les combles où je préparais mes premiers cours magistraux de sociologie politique, en 1992, j’ai lu avec une joie dont je me souviens encore très précisément Le Retour de d’Artagnan, de , petit livre à couverture rouge agrémenté d’un bandeau où était écrit : La Droite mousquetaire.

Faire de Dumas qui, quoique acquis à la révolution de 1848, a tant fait pour faire aimer la défunte monarchie à des générations de jeunes Français le point de rencontre d’une droite à l’époque encore très décriée et considérée comme une maladie – surtout lorsqu’elle touchait les jeunes – me parut une idée à la fois vraie et féconde.

Je n’ai pas le livre sous la main au moment où j’écris ces lignes, c’est-à-dire au moment où je viens d’apprendre la mort de Denis Tillinac, mais je me revois – avec cette mémoire intacte qui est celle de nos grandes émotions – le lisant d’une traite et avec une véritable allégresse.

Enfin quelqu’un comprenait.

Que la droite n’était pas une affaire d’argent, pas non plus une affaire d’ordre moral pudibond, pas non plus une adhésion à un libéralisme hélas conçu comme un individualisme destructeur des civilisations.

Que la droite, en France en tout cas, s’était lovée secrètement dans le cœur de ceux qui lisaient à 12 ans, parfois à la lampe de poche et sous les draps, Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après et autres récits d’une époque où le goût, le sens de l’honneur, le courage, la fidélité, le dévouement étaient incarnés par des personnages sympathiques – truculents comme Porthos, raffinés comme Aramis, sombres et mystérieux comme Athos, séduisants comme d’Artagnan – et où rien n’était caché de la méchanceté ou des instincts meurtriers des politiques.

La droite du cœur et de l’esprit.

La droite à la fois élitiste et populaire, qui ne juge pas de l’importance des choses et des êtres en fonction de leur prix marchand, et pour qui l’acte à accomplir est celui où l’homme met sa liberté au service d’une cause éclatante et qui l’élève au-dessus d’une vie quotidienne que, par ailleurs, il sait rendre douce et paisible quand cesse la bataille.

La veille de sa mort, Denis Tillinac était en Bourgogne, au château du clos Vougeot, à la journée « Livres en vigne » où se réunissaient amoureux de la littérature et du vin.

Qu’il n’emporte pas avec lui ce double souffle d’un droite mousquetaire qu’il sut à la fois inventer et incarner.

Nous y veillerons.

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