Economie - Editoriaux - 26 mai 2019

Dégradation mondiale de l’environnement économique et boursier

Le taux à dix ans de la dette des États-Unis est descendu, jeudi 23 mai, à 2,31 %, tombant ainsi à son plus bas niveau depuis fin 2017. On assiste donc à une inversion grandissante de la courbe des rendements des bons du Trésor, annonciatrice de crise et de krach. Les marchés financiers continuent de croire à une baisse des taux, mais la Fed continue à parler d’inflation en laissant planer le doute. Le risque est, de plus, très grand que, suite à la rivalité Chine-États-Unis, la guerre commerciale et technologique se prolonge au-delà de 2019, même dans l’hypothèse d’un accord difficile, sans perdre la face, Trump-Xi Jinping, fin juin 2019, lors du prochain G20.

La croissance de l’activité privée a fortement ralenti, en mai, aux États-Unis, en affichant un indice PMI (indice des directeurs d’achat) du cabinet Markit de 50,9, son plus bas niveau en trois ans. L’indice mesurant la production manufacturière, à 50,6, est même descendu à son plus bas niveau depuis 2009 et se rapproche de la barre des 50, ce qui signifie contraction d’activité. Les loyers commerciaux ont diminué très fortement jusqu’à 25 % à Manhattan, où l’on assiste à un réajustement immobilier. Les indices PMI sur la zone euro et le Japon se sont aussi avérés décevants.

Selon le rapport annuel, début mai 2019, des administrateurs de la Sécurité sociale américaine, le déficit sur un an s’est élevé au montant gigantesque de 9.000 milliards de dollars, soit un déficit onze fois plus élevé que le déficit du gouvernement fédéral ! Quant aux engagements non provisionnés de la Sécurité sociale, ils s’élèvent désormais à 43.000 milliards de dollars, contre 32.000 l’année dernière. Et selon les évaluations pessimistes ou réalistes, en date du 14 mai dernier, de Laurence Kotlikoff, professeur d’économie à l’université de Boston, la dette globale du système fédéral américain serait, en fait, de 239.000 milliards et non pas de 17.000 milliards de dollars, car il convient d’ajouter les 43.000 milliards non provisionnés de la Sécurité sociale et la bagatelle de 179.000 milliards de dollars de dettes supplémentaires hors comptabilité.

En bloquant l’accès de Huawei à la technologie américaine, Trump veut jouer sur la dépendance de la société chinoise aux microprocesseurs américains car la Chine ne maîtrise pas les technologies de base de ces composants cruciaux. On peut, en effet, faire de belles constructions avec des Lego® sans pour autant savoir fabriquer les briques. L’affaire Huawei déstabilise les marchés financiers, fait piquer du nez en Bourse le secteur des semi-conducteurs et contribue à créer un climat malsain dans un monde dont les fondamentaux économiques sont catastrophiques. Selon Xi Jinping, « ce n’est qu’en possession d’une technologie indépendante que nous pourrons rester invincibles ». Un coup mortel pour Huawei, champion national chinois de 75.000 employés, serait l’arrêt des fournitures par le spécialiste britannique des semi-conducteurs ARM. La Chine disposerait de 400.000 ingénieurs pour rattraper son retard, là où plus de 700.000 seraient nécessaires, au-delà du délai trop long insurmontable de rattrapage, car partant de zéro. Puisse cette affaire ouvrir les yeux des Européens sur la nécessité de penser puissance et autonomie stratégique et non plus seulement coût et libre-échange mondialiste stupide qui signifie dépendance stratégique. L’Amérique, lors de l’invasion de l’Irak, avait déjà menacé la France de ne plus livrer les pièces de rechange du système d’appontage sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, ce qui le rendait inutile.

En cas de guerre commerciale totale, la Chine, premier producteur au monde (71 %) et premier raffineur, serait amenée à couper l’approvisionnement des États-Unis en éléments de terres rares. Les terres rares, arme stratégique, sont 17 minéraux utilisés dans la fabrication des téléphones portables, voitures hybrides, armes, téléviseurs à écran plat, aimants, etc. Rappelons que Pékin, en 2010, suite à un différend territorial, avait brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon.

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