Reçue jeudi dernier, 18 février, par l’immense artiste (qu’on ne présente plus), s’est prêtée au jeu de l’interview-confession. Tout ou presque y est passé, de sa relation avec son mari à l’état de santé de celui-ci, en passant par le coup du repentir (« Cette condamnation, nous la méritons »). On s’attend à un grand déballage, on n’est pas déçu. On s’attend peut-être aussi, avec une naïveté presque coupable, à quelque chose de l’ordre de la rédemption, quelque chose qui évoquerait les époux Profumo.

Cet épisode de la vie politique britannique des sixties peut ne rien vous dire. En 1963, le ministre John Profumo, cinquième baron Profumo, figure de l’establishment, qui avait terminé la guerre avec le grade de général de brigade de réserve dans la cavalerie, fut mis en difficulté devant la Chambre des communes. Interpellé par un travailliste, il dut reconnaître une brève liaison, l’année précédente, avec une sulfureuse call-girl dont l’impressionnant catalogue d’amants comprenait aussi un diplomate soviétique. On cria au risque de divulgation de secrets d’État. Profumo, qui démissionna évidemment, fut publiquement humilié, et ne parlons pas de sa femme, la charmante actrice Valerie Hobson. Profumo et son épouse, retirés de la vie publique, consacrèrent le reste de leur existence à se racheter en silence, loin des feux de la rampe, en travaillant bénévolement pour les œuvres de charité de Toynbee Hall. La baronne mourut à cet humble poste. Son ami, Lord Longford, député travailliste, déclara qu’il admirait John Profumo plus que toutes les personnes qu’il avait rencontrées dans sa vie. Rather respectable, isn’t it?

Avance rapide jusqu’en 2020. Revenons à Isabelle et Patrick Balkany – et à Cyril Hanouna qui, hilare comme à son habitude, annonce que l’épouse du bateleur de Levallois rejoindra bientôt la sympathique équipe de chroniqueurs de son émission. C’est ajouter une élégance discrète à un groupe jusque-là plutôt marqué par l’érudition, c’est mettre un peu d’understatement ironique au milieu d’une émission surtout connue pour sa bienveillance, et on ne peut que s’en féliciter. Isabelle Balkany, dont l’état de santé ne permettait pas l’incarcération, va pouvoir pointer régulièrement (sous des modalités pratiques à définir, comme on dit) à la téloche. Tout comme son mari Patrick, aux portes de la dépression et de l’épuisement physique lorsqu’il était en cellule, danse désormais la lambada avec sa femme dans les rues de Levallois.

Bon courage à Isabelle Balkany sur Direct 8, en tous les cas. Et rappelons-nous que chaque époque génère des héros à sa mesure.

23 février 2021

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