La Révolution française, jusqu’à l’avènement du Directoire, savait ce qu’elle faisait en imposant le tutoiement général et en interdisant l’emploi des vocables "Monsieur" et "Madame" qui marquaient au moins une déférence réciproque : elle égalisait au plus bas niveau, celui du plus grand dénominateur commun de la familiarité.

La gauche a détruit l’autorité. Il fallait absolument qu’il n’y ait plus de pères, plus de maîtres, plus de chefs. Puisque nous étions tous égaux, plus de « mademoiselle », plus de « madame », plus de « monsieur ». Les habitudes de se lever, de se saluer, de se respecter devenaient désuètes. Nous devions désormais nous tutoyer sans distinction, nous appeler par nos prénoms et oublier ces usages d’un autre âge. Galanterie, vouvoiement, autorité, respect… plus rien.

Tout cela a trop bien réussi et nous en payons aujourd’hui les désastreuses conséquences. Certains diront que ce sont des détails ou des usages superficiels, alors que ce sont en réalité d’abord des actes politiques fondamentaux, même s’ils sont inconscients. Cet ordonnancement des choses donnait des résultats et nous mesurons combien leur abandon plonge aujourd’hui la société dans une inquiétante et une sans limite.

L’école de Jules Ferry n’a pas trop mal fonctionné, tant qu’elle fonctionnait sur des principes conservateurs. La France avait une solide tradition éducative, mais aujourd’hui, le monopole de l’Éducation nationale empêche tout progrès sérieux. La baisse des exigences et l’habitude de la médiocrité tirent inéluctablement les enfants vers le bas.

Notre civilisation s’est construite sur une forte conscience de l’importance du travail bien fait. Mais que deviendront les enfants qui ont toujours connu le en arrière-plan et que l’école n’a jamais habitués à l’effort ? Ce goût du travail, ce sens de l’effort demandent un entraînement depuis l’enfance.

D’une façon significative et qui ne doit rien au hasard, cet apprentissage (ou pas) de l’effort et de l’autorité dépend, en premier lieu, de l’attitude des plus haut placés. La transmission se faisant de haut en bas, la responsabilité en incombe d’abord et avant tout à nos gouvernants et nos élus, ainsi qu’à tous les éducateurs, et en particulier les parents. Or, la plupart ont renoncé ou donnent un exemple déplorable. L’actualité n’en finit plus de livrer son lot de frasques infantiles et glauques d’une soi-disant « élite » mal élevée et mal élue. L’attrait démesuré des biens matériels, la transgression permanente, le mensonge, la corruption et l’égoïsme ont rendu notre société folle. Or, nous nous obstinons dans l’erreur et la économique que connaît le pays reste très superficielle face à cette crise morale destructrice.

À chaque nouveau fait divers, les mêmes solutions cosmétiques nous sont proposées et les mêmes excuses surréalistes nous sont assenées. Plus aucune responsabilité n’incombe à personne. Les coupables deviennent victimes et les victimes se retrouvent coupables. S’agissant des professeurs, nous leur demandons de plus en plus, tout en les respectant de moins en moins, et en leur refusant l’exercice du pouvoir qui leur permettrait de remplir convenablement leur mission.

Dans cet immense combat de société, nos enfants sont un enjeu formidable : ils représentent l’avenir et ne sauraient être abandonnés. Ils méritent tous nos sacrifices.

24 octobre 2018

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