De Davos à Saint-Gènes-Champanelle : une politique agricole incohérente !

À Davos, Emmanuel Macron est allé s’exprimer, dans la langue de Shakespeare, devant les puissants de ce monde. Sans transition, il s’est rendu au fin fond de l’Auvergne, présenter les vœux du gouvernement au monde rural.

Du monde désincarné de l’argent et du pouvoir, il est passé au monde réel et enraciné de la France profonde et rurale. En un clic, il a quitté le petit nombre de ceux qui paraissent, influencent et jouissent, pour rejoindre le grand nombre de ceux qui souffrent, subissent et se taisent.

Dans son discours de Saint-Genès-Champanelle, il a plaidé en faveur d’une adaptation du modèle agricole français. Un modèle agricole qui serait “totalement dépassé”. Il a préconisé une agriculture de qualité qui se devait d’être ouverte sur le monde. Il a promis que le pouvoir politique en imposerait aux marchés… Assurer un juste prix payé aux producteurs ; garantir une alimentation sûre, saine, durable et accessible à tous. Emmanuel Macron a également annoncé que le gouvernement réunirait distributeurs, industriels et agriculteurs pour discuter des négociations commerciales et a menacé de dénoncer ceux qui ne respecteraient pas les bonnes pratiques. “S’il n’y a pas de changement dans les dernières semaines de négociations, nous dirons aux consommateurs citoyens français qui fait quoi.” Chiche !

Nous savons ce qu’il en advint par le passé, nous aimerions le croire. Or, on ne modifie pas un “modèle agricole” en claquant des doigts. Et, d’ailleurs, notre modèle d’agriculture, familial, de productions très diverses, de grande qualité sanitaire et environnementale, pourquoi devrions-nous le sacrifier ? Pourquoi ne prendrions-nous pas plutôt le moyen de le protéger ? Tous les efforts consentis afin d’assurer l’avenir de nos sols, de nos cours d’eau, la traçabilité de nos produits, le bien-être animal, pourquoi serions-nous les seuls à les promouvoir et pourquoi devrions-nous laisser nos étals regorger de produits de moindre qualité provenant de pays ne respectant pas les mêmes exigences sanitaires ni les mêmes interdictions de mise sur le marché ?

Nous sommes à l’avant-garde des pays prêts à des efforts environnementaux conséquents, nous sommes les précurseurs d’une agriculture verte et durable, gage de santé, de fertilité et d’avenir. Malheureusement, nous devons faire face à l’incohérence totale d’un gouvernement qui déclare vouloir valoriser un modèle d’agriculture irréprochable tout en ouvrant nos « frontières » et nos importations de façon massive à des produits répondant à des standards opposés.

La production intensive, la mécanisation outrancière, le mépris affiché pour les savoir-faire ancestraux, la fracture avec le monde paysan ont entraîné une rupture profonde dans les tissus économiques et sociologiques de notre pays.

Ainsi va la vie En Marche, ainsi va la mondialisation vantée par Emmanuel Macron à Davos et à Saint-Gènes-Champanelle.

Heureuse pour les uns, malheureuse pour les autres…

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