Editoriaux - Internet - Justice - 30 janvier 2018

Jawad Bendaoud, crétin perdu sans collier

Le procès de Jawad Bendaoud, « logeur » des djihadistes du 13 novembre, n’est certes pas celui du siècle ; il pourrait pourtant demeurer dans les annales. Les annales de quoi ? Là est toute la question. Mais pas forcément celles du terrorisme.

Jawad Bendaoud n’est pas Ravachol ni Carlos. Encore moins Abou Nidal ou Jean-Marc Rouillan. C’est juste un… un quoi, au fait ? Notre ami Philippe Bilger, qui en a vu passer d’autres au tribunal, trouverait sûrement le mot juste. Faute de mieux, on se contentera de dire qu’il est un enfant de son époque. Pas n’importe quel enfant et pas n’importe quelle époque : un certain type d’enfant, un certain type d’époque ; la nôtre, aussi, fortuitement. Pour résumer, le gazier a aussi les fils qui se touchent.

D’où ces sautes de courant à répétition devant les juges. Les trois terroristes qu’il a hébergés, il se doutait bien qu’ils n’étaient pas en train de quêter pour la Croix-Rouge. Mais dans l’univers d’où il vient – il a plus souvent usé ses fonds de culotte en prison qu’à l’école –, on ne pose pas de questions et on règle en liquide. Bref, on vit dans son monde. Ses parents sont honnêtes, ses frères ont réussi dans la vie. Pas lui. C’est un raté. Il le sait. Voudrait que ça se sache. Mais pas trop quand même.

En prison, les fils se touchent et ce sont les plombs qui fondent. Dans sa cellule de Fresnes, il parle à un rat. Au moins quelqu’un qui l’écoute. Il s’entretien encore avec une psychologue : “Elle, à sa façon de parler, je sais qu’elle se foutait de ma gueule !” On peine à le croire.

Il cause à nouveau, répétant sans cesse, pour lui, les autres : “Je préfère prendre six ans et que la vérité soit faite plutôt que de prendre trois ans ou même une relaxe et qu’on croie que je savais… J’ai peur de sortir, des gens et de leurs questions…” Un grand timide.

Dans le prétoire, il s’en prend à Mohamed Soumah, l’un des autres prévenus : “Tu me traites de menteur, sur le Coran je vais te baiser !” Le Coran n’en demandait pas tant. La verdeur du langage a de quoi faire frémir, même le plus libéral des imams. Pas grave, ce sont des mots. Des mots qui sortent à l’endroit, à l’envers et de travers. Jawad Bendaoud sait qu’il n’a plus d’avenir dans le “bizness” illégal : “Personne ne voudra plus jamais s’associer avec moi…” Encore une victime de la crise.

Il rêve pourtant de réussir. Un jour. Être riche et célèbre, comme vu sur Internet. Comme un Mohammed Merah, plus célèbre que riche d’ailleurs, mais dont tout le monde connaît désormais le nom sur les réseaux sociaux.

Son rêve, au fait ? Ouvrir un restaurant, mais pas n’importe quel restaurant : “J’ai pas envie qu’on me pique l’idée. Le mec qui a monté Planet Sushi, il l’a revendu quinze millions d’euros.” Son idée de génie ? Ouvrir un kebab, on imagine. Parce que, dans sa petite planète à lui, on ne saurait manger ailleurs qu’au kebab. Les juges ne peuvent s’empêcher de sourire, parfois. Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste en direct et à l’œil au “Jawad Comedy Club”.

Car là, nous sommes bien loin des querelles universitaires où s’affrontent islamologues distingués, quoique ces joutes ne soient pas sans intérêt, entre un Olivier Rey pointant du doigt une « islamisation de la radicalité » et un Gilles Kepel évoquant, lui, une « radicalisation de l’islam ». Dans le cas de Jawad Bendaoud, l’expertise psychiatrique présenterait plutôt une « intolérance à la frustration ». Nous y voilà.

Ce syndrome, c’est le criminologue Alain Bauer qui le définit au mieux, à l’occasion d’un long entretien accordé au journal Éléments : “La mise en scène du rien ordinaire pour en faire de l’extraordinaire, n’était-ce pas le projet de la télé-réalité, précurseur médiatique et marketing de l’État islamique ?”

Jawad Bendaoud, enfant de notre époque, disions-nous. Nous sommes en plein dedans. Et du pied gauche, encore.

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