Editoriaux - 4 janvier 2020

De bon matin, j’ai rencontré le train…

Par les temps qui courent, les rois prennent rarement le train. D’abord, parce qu’il y a moins de rois. Ensuite, parce qu’il y a moins de trains, rapport aux grèves, ici, chez nous. Si, tout de même, au Royaume-Uni, la reine, de temps en temps, notamment lorsqu’elle se rend dans sa résidence de Sandrigham, dans le comté de Norfolk. Les présidents, encore moins.

François Hollande, qui voulait la jouer modeste au début de son règne, prit le Thalys pour se rendre à Bruxelles. Dans la « charte de déontologie » qu’il avait fait signer à ses ministres et qu’il comptait bien s’appliquer – enfin, du moins, au départ -, il était même question de « privilégier le train pour les déplacements inférieurs à trois heures ». Emmanuel Macron semble, lui, préférer la voiture (et l’avion, bien sûr). En avril 2018, arrivant à Berd’huis, dans l’Orne, où Jean-Pierre Pernaut devait l’interviewer dans une école communale, et alors que les cheminots étaient en grève, il fut interpellé par un homme qui lui demanda s’il était venu en train. Emmanuel Macron avait répondu : « Non, je suis venu en voiture. »

Mais ce train de trois grands rois que l’on voit passer de bon matin, à date fixe, le 6 janvier, n’a rien à voir avec celui de la SNCF, celui auquel on essaye de raccrocher les wagons, ni, non plus, avec celui du regretté Richard Antony ou encore avec celui qui sifflait trois fois en traversant les plaines du Far West. Le train que l’on évoque ici est celui des équipages des rois mages. Trois grands rois, forcément, ça ne voyage pas léger ! « Les gardes du corps, des gens armés avec trente petits pages », nous dit le cantique traditionnel provençal. Trois grands rois, mais « modestes » quand même, précise-t-on. La preuve, si ce char est « doré de toute part » – c’est un minimum, on n’est pas des pousse-mégot dans la région d’où on vient -, les trois collègues sont sur le même char. Le covoiturage doit remonter à cette époque, bien avant les grèves de train.

Tout le monde, bien évidemment, connaît cet air de la « Marche des rois ». On le joue à l’orgue, à la sortie de la messe de l’Épiphanie, et Bizet lui a donné un petit air d’opéra en le reprenant dans L’Arlésienne. Musique d’église, musique d’opéra mais aussi musique militaire. Puisqu’on dit que cet air serait une reprise de la « Marche de Turenne ». La musique est universelle et s’adapte à toutes les situations ! Jacques Brel, dans sa chanson « Caporal casse-pompon », n’affirmait-il pas que le clairon était une trompette en uniforme ! Bien qu’il y ait des trompettes dans la cavalerie… et le train des équipages. Donc, musique militaire devenue musique d’église ? Est-ce, alors, à titre de revanche que, dans le film de Denys de La Patellière, Un taxi pour Tobrouk, Georges Garvarentz et Charles Aznavour adaptèrent le cantique de Noël « Les Anges dans nos campagnes » en marche militaire ?

En tout cas, à l’heure où j’écris ces lignes, on annonce une « amélioration » du trafic SNCF en ce dimanche de retour de vacances : deux TGV INOUI (effectivement !) sur trois, quatre Ouigo sur cinq, un TER sur deux. En revanche, en région parisienne, le réseau Transilien reste très perturbé : un train sur cinq annoncé. Une amélioration toute relative qui ne permettra pas de chanter en chœur sur les quais de gare « De bon matin, j’ai rencontré le train ».

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