On a beau être le quotidien le plus sérieux, quoique le plus faussement objectif, on évite difficilement les marronniers. C’est ainsi que la pénurie de médecins oblige Le Monde à revenir sur la cruelle question des délais d’attente pour les certificats de décès. Car de même que les médecins militaires sur zone de guerre privilégient ceux qui ont une chance de survivre, la médecine civile fait passer les vivants avant les morts.

C’est très fâcheux pour les familles, et plus encore dans les DOM-TOM où les chaleurs ont l’effet qu’on imagine, mais aussi pour les équipages de police qui doivent attendre le passage du morticole avant de pouvoir se consacrer (ou pas) aux voitures qui brûlent.

Au nombre d’interdictions qui nous sont déjà faites « pour notre bien », on pourrait évidemment ajouter celle de mourir chez soi…

Mais plutôt que d’arracher les généralistes (parfois par les gendarmes, sur réquisition) à leurs consultations surchargées, ne pourrait-on pas faire appel aux confrères qui finissent à 17 h à la Sécu, dans les assurances ou les agences régionales de santé ? Ou aux autres professionnels de santé qui, ces dernières années, n’ont pas manqué d’obtenir les modifications législatives leur permettant d’effectuer des tâches médicales ? Les pharmaciens consultent, aujourd’hui, dans l’arrière-boutique, entre les poires à lavement et les stocks de préservatifs. Les infirmières scolaires peuvent administrer la pilule du lendemain aux mineures. Les sages-femmes peuvent assurer contraception, vaccinations, consultations gynécologiques de prévention et IVG médicamenteuses.

L’Assemblée n’a coincé que quand une géniale députée proposa de confier la médecine humaine aux vétérinaires dans les zones sous-dotées… Vous me direz qu’elle était socialiste !

Et tout ce monde-là serait incompétent pour constater qu’un mort est bien mort ?

Il y a peut-être une explication pour comprendre que certains se bousculent moins pour dépendre les suicidés dans les granges : le certificat de décès à domicile n’est actuellement rémunéré que le week-end ou la nuit après 20 heures, ou dans les zones décrétées « fragiles » par les ARS…

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