Quand on évoque les présidentielles françaises, deux dates reviennent fréquemment : celle de l’élection de , le 10 mai 1981, et celle du « séisme » Le Pen, le 21 avril 2002, le président du Front national ayant alors évincé au premier tour Lionel Jospin, Premier ministre sortant.

On fête, cette année, le quarantième anniversaire de l’accession du PS au pouvoir. Anniversaire mezzo piano en mode mineur, vu l’état du Parti socialiste en question. Il faut dire que personne ne tient trop à évoquer la fin de règne du vieux sphynx, l’une des dernières grandes figures de politicien machiavélique de cette Ve République, auquel on reproche notamment d’avoir installé Jean-Marie Le Pen sur un piédestal histoire de dézinguer durablement « la droite la plus bête du monde »

Quant à Jean-Marie Le Pen, justement, il faudrait raconter aux moins de vingt ans – lesquels étaient encore au sein – ce que l’on vit, alors, dans les rues entre les deux tours : des gamins hurlant, sortis chaque jour des écoles pour suivre leurs dans des manifestations dignes des pires républiques bananières… bref, une parodie de qui porta Jacques Chirac au pouvoir avec un score de maréchal soviétique.

Le « front républicain » inventé pour l’occasion est l’une des rares choses à ne pas avoir pris le virage de la modernité. On pourrait y voir une sorte de romantisme, les Pécresse et consorts qui persistent sur la ligne « tout sauf le RN » (que ces politiques continuent d’appeler FN à dessein) y cherchant sans doute un peu de leur jeunesse perdue. On s’étonnera, cependant, que ces fins politiques, après quarante années d’échec, ne se soient toujours pas avisés que leur tactique pour faire barrage au parti que dirige aujourd’hui Marine Le Pen n’est pas la bonne…

Plus jeune et plus malin, l’actuel chef de l’État compte sûrement jouer à la marge, avec des leviers pour le moins inattendus. Comment casser une élection ? En jouant sur les abstentions, par exemple, en décourageant l’électeur de se déplacer. La stratégie peut être payante, comme l’a montré le premier tour des régionales dimanche dernier. LREM, sans implantation locale, savait qu’elle y prendrait une gamelle, donc elle joue le coup suivant : celui de la présidentielle.

Les dates devraient être annoncées officiellement mercredi prochain, à l’issue du Conseil des ministres, mais elles ont déjà été annoncées par France Télévisions : ce sera les 10 et 24 avril .

En 1981, le 1er tour s’était tenu le 26 avril, en 2002 le second eut lieu le 5 mai. Les dates retenues, cette fois, font bondir, particulièrement Marine Le Pen, qui y voit le meilleur moyen de provoquer une forte abstention : « On met le premier tour le jour où la région PACA et les Hauts-de-France sont en vacances. Pour le deuxième tour, tout le monde sera en vacances… Est-ce que vous croyez très honnêtement que c’est susceptible de motiver les électeurs que de positionner le second tour de l’élection présidentielle à un moment où tout le monde est en vacances ? », a-t-elle commenté sur .

Sur Europe 1, Xavier Bertrand tient le même discours : « Elle n’est pas arrivée par hasard, cette information sur la date de l’élection présidentielle. Vous ne pensez pas que ça aurait pu attendre lundi ou mardi ? Tout ça participe à l’abstention. On nous dit que le second tour des régionales, ce n’est pas si important que ça, puisque la présidentielle est presque déjà là. Dans la vie politique, je ne crois absolument pas aux coïncidences. »

Nous non plus, à vrai dire. Le gouvernement invoque des contraintes constitutionnelles : l’élection du président de la République doit se tenir « vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus avant l’expiration des pouvoirs du Président en exercice ». Ça laisse peu de marge : soit 10 et 17 avril pour le 1er tour, soit 24 avril ou… 1er mai pour le second. Pas terrible non plus !

24 juin 2021

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