Nicolas Sarkozy n’a « tué » aucun des postes qu’il a occupés, pas plus ceux de ministre que celui de président de la République. Pourtant, un jour, il avait affirmé qu’en tant que ministre de l’Intérieur, il serait indépassable, puisqu’il aurait « tué » cette prestigieuse fonction.

Combien de fois n’a-t-on pas comparé à Nicolas Sarkozy ? À la place Beauvau, il serait le continuateur de ce dernier, mais en moins bien, en dégradé, telle une copie ne faisant pas oublier l’original. Une sorte de Sarkozy du pauvre.

Alors que, s’ils ont des points communs, c’est indéniable, il ne faudrait pas définir Gérald Darmanin comme le Sarkozy du pauvre mais tel le Darmanin du riche.

Similitudes : l’ambition, le tempérament au-delà de l’actif, l’agilité intellectuelle, la certitude de n’être dépassé par personne, des hostilités aussi fortes que les soutiens, une aptitude à l’argumentation et à la réplique indépassable, un amour de la France qui, pour l’un, n’aurait jamais dû se priver de lui et, pour l’autre, un jour l’espérera.

Cette comparaison est d’autant plus appropriée que Gérald Darmanin a eu un long entretien avec des journalistes de Libération et que ces échanges m’ont rappelé un formidable et plus que vigoureux dialogue que Nicolas Sarkozy avait eu lui-même avec ce quotidien quand il était ministre de l’Intérieur.

La tonalité de celui du 27 octobre 2020 est directe, abrupte, intense mais sans commune mesure avec celui que je viens d’évoquer où Nicolas Sarkozy rendait les coups qu’il recevait.

Gérald Darmanin est plus urbain, moins dans la violence, mais il ne cède rien, ne recule pas, et le simple fait d’avoir accepté une rencontre avec Libération, dont les journalistes sont intelligents mais trop souvent partisans et univoques, est la preuve d’une audace dont il faut créditer le ministre.

Qu’on prenne la peine de lire ou de relire ces échanges et on comprendra combien il est réconfortant de constater que Gérald Darmanin n’a pas peur de son ombre ni de l’inquisition « progressiste » et, au fond, comminatoire qui lui est adressée. Sur l’islamo-gauchisme, la fermeture des mosquées et de celle de Pantin en particulier, les associations interdites (dissolution de Barakacity le 28 octobre), les expulsions, les rayons halal, le ministre, en étant convaincant, maintient son cap dont je pense que, depuis sa prise de Beauvau, il est le bon, en totale rupture par rapport à la complaisance suicidaire d’un .

Tout ce qu’il lui est permis d’accomplir, il l’accomplit. Les résistances qu’il convient d’avoir, il les a. Les mots qu’il faut proférer, les déplacements à opérer, l’écoute de la police, la volonté d’améliorer sa quotidienneté, l’importance d’un soutien et d’une considération sans faille, rien ne manque.

Qu’on ne lui reproche pas des discours et un verbe symboliques quand cette impression ne vient que du fait que Gérald Darmanin doit composer avec un État de droit plus du tout adapté aux bouleversements de toutes sortes d’aujourd’hui et avec un garde des Sceaux qui se vante trop de leur entente pour qu’elle soit réelle.

La tragédie criminelle islamiste qui vient d’être commise à la basilique de Nice – encore une décapitation, des morts et des blessés avec un tueur heureusement interpellé – montre à quel point, sans prétendre faire peser sur la France une chape de plomb, il est urgent, pour les opposants au pouvoir, de prendre acte du fait qu’ils sont instrumentalisés par les ennemis de notre pays, de sa démocratie dont la liberté d’expression est un élément capital.

Quand la députée Danièle Obono, soutenue par Jean-Luc Mélenchon, accable Gérald Darmanin parce qu’il aurait « déclaré » la guerre civile, elle amoindrit la légitimité d’un combat qui doit être mené au nom de tous, et d’abord par ce ministre au premier rang.

Lorsque Clémentine Autain, absurdement, évoque un « climat préfasciste » en France pour vitupérer à tort tout ce que notre République cherche difficilement à instaurer comme protection depuis l’assassinat de Samuel Paty, elle joue contre notre cause nationale et, d’ailleurs, son texte est exploité en Tunisie par une association qui participe à l’offensive odieuse contre la France à propos des caricatures.

Il n’est plus possible, aujourd’hui, sans tomber dans le mythe d’une union nationale toujours réclamée mais jamais possible, de ne pas prendre conscience qu’il ne peut plus rien y avoir d’innocent dans un pays dont on veut la peau par tous les moyens, les plus sanglants comme les plus pervers, par des assassinats et des boycotts.

Même si Gérald Darmanin n’était pas un ministre digne d’éloge – ses voltes comptent peu au regard de ce constat -, la décence imposerait qu’au lieu de systématiquement le pourfendre, on accepte un peu de le laisser travailler en paix parce qu’on nous fait la guerre.

Extrait de : Justice au Singulier

30 octobre 2020

À lire aussi

Michel Onfray : de Gaulle top grandiose, Mitterrand flop cynique

Le lecteur est KO, et la cause est quasiment entendue. …