Dans les rayons de nos supermarchés, le cassoulet toulousain est rangé au côté des conserves de haricots rouges et les fajitas et les nouilles de riz japonaises au milieu des spaghettis et des macaronis italiens. La sauce soja voisine avec la moutarde et le vinaigre balsamique, les raviolis chinois partagent les travées de surgelés avec le saumon, la flammekueche bavarde avec les pizzas et le boudin antillais avec le boudin aux pommes.

Ça, c’est pour apporter un peu de fantaisie exotique à nos papilles.

Et puis… et puis il y a les mêmes – je veux dire le cassoulet sans saucisse, le jambon sans porc, les nouilles et même les Carambar™ – qui se trouvent dans les rayons spécialisés de travées toujours plus importantes : ceux estampillés halal ou casher, le cachet du Beth Din et l’estampille de la mosquée locale (celle d’Évry est fort jolie) faisant foi. Et ça, ce n’est pas pour la fantaisie exotique des papilles, c’est pour le respect de préceptes religieux qui n’ont rien à voir avec la cuisine et tout avec le communautarisme religieux.

Voilà ce qu’a soulevé le ministre de l’Intérieur, déclenchant une nouvelle polémique et la fureur des réseaux sociaux.

Interrogé, mardi, sur BFM TV, a en effet avoué : « Moi, ça m’a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir un rayon de telle cuisine communautaire », ajoutant que cette opinion lui était, en effet, totalement personnelle et n’engageait que lui. Il a ajouté : « Quand on vend des vêtements communautaires, peut-être qu’on a une petite responsabilité dans le communautarisme. Lorsqu’on prête de l’argent à des associations – les banques le font, des financiers quelconques, qu’ils soient français ou étrangers d’ailleurs – ou à des entreprises très communautaires […] Je dis qu’il y a une certaine responsabilité. »

Là où l’on peut s’offusquer, c’est sur la forme lorsqu’il dit : « Il y a dans la société civile des gens qui, aussi, doivent comprendre que ce n’est pas parce qu’on a des parts de marché en flattant quelques bas instincts qu’on a rendu service au bien commun. » Pas sûr que les « bas instincts » soient de nature à ramener la paix sociale… Il ferait bien de se surveiller, notre ministre de l’Intérieur, avant d’être totalement contaminé par le macronisme en roue libre. Parler franchement est une chose, balancer des concepts à la limite de la caricature en est une autre qui peut se révéler fort dangereuse.

Reste qu’on rejoint M. Darmanin sur le fond quand il précise : « Je dis juste que des grandes entreprises françaises qui ont organisé parfois le marketing direct n’ont, à mon avis, pas parlé à un type de population parce qu’ils avaient envie de lui offrir telle ou telle consommation tout à fait respectable, mais parce qu’ils ont eu envie de gagner de l’argent sur le communautarisme. » Avis partagé devant une évidence et, en effet, « si l’on peut demander des comptes aux politiques – et c’est tout à fait normal, ils sont là pour ça –, on peut aussi dire au capitalisme qu’il peut être de temps en temps patriote ».

Je sais déjà les arguments qui seront opposés à ce type d’analyse. Par exemple, que parler dans ce contexte de patriotisme renvoie à l’idée que la France est un pays de tradition judéo-chrétienne et non juive ou musulmane. On nous dira que s’il faut supprimer les rayons halal et casher des supermarchés, alors il faut cesser la promotion de l’agneau à Pâques ou de la dinde à Noël, oublier la délicieuse galette des rois à l’Épiphanie, les œufs et les lapins en chocolat pour les fêtes pascales et les chrysanthèmes à la Toussaint.

À quoi l’on peut répondre qu’aucun rayon de supermarché ne promeut de nourriture « chrétienne » estampillée par l’archevêché, et que toute personne qui veut se procurer des denrées ou objets strictement casher ou halal peut toujours aller se fournir dans les magasins qui affichent la couleur : l’étoile ou le croissant. Ils ne manquent pas.

21 octobre 2020

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