Alors que nous entrons en période de déconfinement, a déclaré qu’elle était prête à demander la mise en place de la circulation alternée dans Paris si l’on devait retrouver un trafic automobile trop intense. Réaction de Daniel Quéro, président de 40 millions d’automobilistes.

 

Vous êtes le président de l’association quarante millions d’automobilistes. En cette période de déconfinement, Anne Hidalgo, la maire de Paris a annoncé qu’elle était prête à mettre en place une circulation alternée afin de limiter le nombre de voitures dans Paris. Que pensez-vous de cette mesure ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas de faire la promotion de la voiture. La voiture est un moyen de mobilité confinée et sécurisée. Vous pouvez amener avec vous une personne. Il ne s’agit pas d’aller dans l’idéologie, mais de regarder l’usage qui doit primer sur l’idéologie.
On se demande si ce n’est pas de la provocation de la part de madame Hidalgo. Les gens ont été confinés pendant cinquante jours et sont aujourd’hui dans l’angoisse de devoir se déplacer pour aller au travail ou faire des choses importantes qu’ils n’ont pas pu faire avant.
Un jour, une déclaration indique «  je ne veux pas de voiture à Paris » et hier dans le Journal du dimanche, une autre déclaration indique «  s’il y a trop de voitures, je vais mettre en place la circulation alternée ».
Pendant cette période de confinement où peu de voitures circulaient dans les rues, des pics de pollution ont été constatés. Il faut arrêter d’en faire une idéologie et regarder les choses de manière pragmatique. Tout le monde ne peut pas faire ou ne sait pas faire de vélo. C’est un transport marginal. Sur les 15 millions de personnes empruntant le métro, seulement 300 000 circulent en vélo. Il faut rester pragmatique et pratique.

Cette décision intervient alors qu’on est au premier jour de déconfinement. Nous avons pu voir les images des transports en commun bondés notamment dans le Nord et dans l’Est de Paris.
On a dû mal à comprendre en quoi cette politique est le fruit d’une politique du réalisme.

C’est de l’idéologie. La planète c’est important, mais l’économie et la liberté de choix sont aussi importantes. Les gens à risque ne feront pas de vélo. Les artisans, les commerçants, les commerciaux et d’autres secteurs n’ont pas la possibilité de se passer de leur voiture. Il faut être pragmatique. Si on veut que la voiture diminue dans Paris, il faut avoir des solutions alternatives. Aujourd’hui, on n’en a pas. Beaucoup de gens ne veulent pas aller dans les transports en commun, car ils ont peur. Il faut prendre tout cela en compte. On ne comprend pas bien cette position. Veut-on faire de Paris un désert économique ?

Retrouve-t-on cette politique dans d’autres villes d’Europe ou de France ? La ville de Paris est-elle exceptionnelle à ce niveau-là ?

Paris est en pointe à ce sujet. Un certain nombre de villes et de métropoles en Europe ont la volonté de réduire la place de l’automobile. On a quand même l’impression que dans le ton et dans la manière, Paris est certainement une des villes les plus brutales à ce sujet. Tout le monde a envie qu’il y ait moins de pollution. Là aussi, il faut laisser faire le progrès technologique. On va même interdire les voitures électriques. Des rues comme la rue de Rivoli sont dédiées simplement aux vélos. Même les gens qui ont les moyens d’acheter une voiture électrique n’auront pas le droit de s’en servir. C’est tout de même assez incroyable !

On est davantage sur de l’esthétisme que sur de l’écologie…

C’est de l’idéologie. Malheureusement, on ne va pas vivre uniquement de l’idéologie. L’économie finance la recherche, l’éducation et la santé. Elle est donc capitale. Certaines personnes disent qu’elles ne veulent plus ce monde-là et qu’elles veulent vivre comme dans le passé. Le passé c’était la guerre, la famine et les épidémies, comme notamment la grippe espagnole. Personne n’a envie de revenir au passé. L’économie permet de trouver des solutions alternatives et des véhicules plus vertueux. Il faut de la création de richesse pour pouvoir investir.