Et c’est reparti ! La chasse aux bagnoles va pouvoir reprendre à Paris. a prévenu, dans le JDD de ce dimanche. « Si nous devions nous retrouver avec un trafic automobile trop intense, je demanderais des mesures de circulation alternée. Il en va de la des Parisiens et des habitants de la métropole. » À la veille de la levée du confinement, l’avertissement est clair.

Comment vont se passer ces premiers jours de la levée d’écrou pour les Franciliens ? Combien de personnes vont retourner sur leur lieu de travail ? Nul ne le sait à cette heure. D’ailleurs, la présidente de la RATP, Catherine Guillouard, le reconnaissait très modestement, la semaine dernière : « La grande inconnue du 11 mai, c’est les flux entrants dans nos réseaux. » En revanche, on sait déjà que 60 stations de métro sur 302 resteront fermées, que la RATP envisage de faire rouler 75 % des métros, qu’un bus qui transporte 60 passagers ne devrait en prendre qu’une vingtaine, qu’une rame de métro de 700 places ne devrait accepter que 180 personnes. On ne sera peut-être pas entassé dans les bus et les rames, mais la marée humaine, dont on ne peut pas maîtriser la hauteur, c’est comme l’eau : on veut la canaliser mais, de toute manière, elle passera quelque part si elle doit passer. Et à trop canaliser, on sait ce qu’il arrive à l’eau. Pour les humains, c’est un peu pareil. Au fond, c’est un problème de robinets et l’on sait que le débit d’un itinéraire est fixé par le point le plus faible de cet itinéraire. Bref, si l’autoroute compte quatre voies et qu’il n’y a qu’un poste de sortie au péage, ça bouchonne, s’il y a du monde sur la route. Pas plus compliqué que ça.

Or, donc, c’est en ces temps de grande incertitude circulatoire qu’ ramène sa fraise écologique. On ne sait pas exactement ce qu’il se passe dans la tête d’Anne Hidalgo et de ses conseillers, mais on peut imaginer ce que le Francilien de base peut se dire, ce dimanche, alors qu’il rase sa barbe de huit semaines, juste ce qu’il faut pour en avoir une de deux, en chantant « Libérée, délivrée », et alors qu’il s’apprête à retourner au boulot parce qu’il ne peut pas faire autrement. Bon, ça va être le bin’s dans les transports en commun. On va se retrouver agglutinés à l’entrée des bouches de métro et de RER. C’était bien la peine de se transformer en moine trappiste, les gamins en plus, pendant des semaines pour prendre le risque de choper le virus comme ça. Prends le vélo, chéri ! T’as vu la météo ? Et puis, franchement, 30 bornes à bicyclette à l’aller, 30 bornes au retour, pardon, mais après deux mois à tourner un kilomètre à la ronde autour du pavillon, je le sens pas vraiment au niveau des mollets. Je prends la bagnole.

Oui, mais ça, c’est la vraie vie, Madame. Ce n’est pas le sujet d’Anne Hidalgo, qui voit bien plus loin, elle. Qu’il vente, qu’il neige, que le pays soit en crise sanitaire ou tout ce que vous voulez, pas question de dévier d’un iota cette grande et belle avenue parisienne végétalisée qui doit conduire tout droit la bagnole au cimetière.

Et puis, elle a la science pour elle, Anne Hidalgo. Autre chose que le café du commerce, fermé jusqu’à nouvel ordre. « En plus, des études ont montré que la pollution aux particules entraînait une accélération de la propagation du coronavirus », affirme-t-elle au JDD. Là, c’est imparable. Sauf que « des études », ce n’est pas « les études ». Justement, le site de l’ de la Sorbonne a repris, le 7 mai, un article, signé d’une certaine Cathy Clerbaux, directrice de recherche au CNRS, et publié sur le site The Conversation, intitulé « Pourquoi on ne peut pas affirmer que “la pollution transporte le coronavirus” ».

10 mai 2020

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