On ne sait toujours pas comment a émergé le Covid-19, et comment il est passé de la chauve-souris à l’homme. Au printemps dernier, ceux qui évoquaient l’hypothèse que le virus ait pu s’échapper d’un laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan, en Chine (berceau de la pandémie dès décembre 2019), étaient taxés de complotistes. Cette hypothèse doit être examinée sérieusement, plaident aujourd’hui cinq scientifiques français (virologue, bio-informaticien, physicien, spécialiste des génomes).

« Il y a beaucoup de réticences à formuler cette hypothèse »

Dans une étude conduite par cinq chercheurs français, et publiée dans la revue Médecine/Sciences, se pose la question d’un accident de laboratoire à l’origine du Covid-19, parmi d’autres possibilités.

« Pas facile de se faire entendre », remarque Jacques van Helden, l’un des coauteurs, professeur de bio-informatique à Aix- Université. « Pour des raisons qui ne sont pas uniquement scientifiques, il y a beaucoup de réticences à formuler cette hypothèse. »

En France, l’hypothèse est relayée et développée par des gens « farfelus », déplore Jacques van Helden. Actuellement, la majorité des publications scientifiques affirment que le virus est d’origine naturelle. « Pourtant, scientifiquement, les éléments dont on dispose ne suffisent pas à exclure la piste d’un virus sorti d’un laboratoire », insiste le chercheur.

C’est techniquement possible

« On peut désormais reconstruire des virus en recourant aux outils de la biologie moléculaire ; des virus peuvent par ailleurs évoluer en laboratoire, en sélectionnant des souches qui ont la capacité de se développer chez différentes espèces », détaille Jacques van Helden.

Le SARS-CoV qui a émergé en 2003 est sorti au moins quatre fois de laboratoires lors d’expérimentations

Et Étienne Decroly, virologue et directeur de recherche au CNRS, rappelle, dans un entretien publié dans CNRS Le journal (27 octobre 2020), que « le SARS-CoV qui a émergé en 2003 est sorti au moins quatre fois de laboratoires lors d’expérimentations. Par ailleurs, il faut savoir que les coronavirus étaient largement étudiés dans les laboratoires proches de la zone d’émergence du SARS-CoV-2 qui désiraient, entre autres, comprendre les mécanismes de franchissement de la barrière d’espèce. »

On se souvient qu’en avril 2020,le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le VIH, avait formulé cette hypothèse, aussitôt réfutée par d’autres scientifiques.

8 novembre 2020

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