Editoriaux - Politique - Sport - Table - 15 juillet 2018

Coupe du monde : et la France a vaincu !

Cette Coupe du monde a été parfaitement maîtrisée. Certes, la France a eu de la chance, mais c’est le propre du hasard que de savoir, dans l’incertitude et l’aléatoire, arbitrer subtilement en faveur de l’élue qu’il a distinguée. Cavani blessé ne joue pas pour l’Uruguay et le duo unique et dangereux qu’il forme avec Suarez est brisé. Contre la Belgique, deux coups francs ne sont pas sifflés en faveur de celle-ci, et qui sait ce à quoi ils auraient pu aboutir ?

J’admets que les matchs de poule n’ont pas été brillants, mais l’équipe douloureusement a franchi l’obstacle, obsédée par la suite où les choses sérieuses, les éliminations directes allaient advenir. Elle a été étincelante contre l’Argentine qui pâtissait d’une défense trop faible et d’un Lionel Messi mis sous l’éteignoir par l’infatigable N’Golo Kanté. Elle a été exemplaire, efficace et cohérente contre l’Uruguay et la Belgique. Comment d’aucuns ont-ils pu juger ces matchs ennuyeux ? Certes, dans un monde idéal, on aurait aimé voir ressuscité le jeu éblouissant du Brésil de 1958, des Pays-Bas de Johan Cruyff et Neeskens ou de l’Allemagne de Beckenbauer. On peut formuler tous les vœux pieux qu’on désire et se plonger à discrétion dans la nostalgie. Mais la France de 2018, avec pragmatisme et talent, s’est adaptée, donnant une impression de sûreté et de confiance inébranlables. En difficulté, peut-être, mais jamais dépassée.

Didier Deschamps a réussi l’exploit de faire simplifier son jeu à Paul Pogba, enfin débarrassé de ses circonvolutions et fioritures inutiles.

Les prétendus points faibles de la France – sa charnière centrale et son gardien (sa bévue sans conséquence ne fera pas oublier ses prestations décisives) – se sont révélés des forces. Splendide ironie du sport.

J’ai aussi passionnément goûté cette finale contre la Croatie, qui a été un adversaire redoutable – le penalty après son égalisation lui a tout de même un peu coupé l’élan ! Mais ce match a été plausible et n’a rien eu à voir avec la victoire de 98 face à un Brésil étrangement laminé et impuissant.

Et la France a vaincu en Russie.

Si 98 a eu un tel effet, cela tient au fait que nous avions une période d’immobilisme politique et que la Coupe du monde, avec ses succès à répétition, a comblé un immense vide – le sport comme succédané.

Je suis heureux que l’exaltation de 2018 soit peu ou prou reliée non seulement à l’admiration sportive mais révèle aussi l’assurance d’un pays qui reprend confiance en lui.

Surtout rien ne m’était apparu plus volatil, inconsistant et éphémère que ce climat de 98 – black-blanc-beur – sous le signe d’une diversité qui aurait été le couronnement républicain d’une compétition mondiale dont il ne faut jamais oublier qu’elle se déroulait en France. Dès le lendemain, ce consensus a volé en éclats parce qu’il ne reposait sur rien de solide. C’était du vent que cet unanimisme de quelques heures.

Ce qui est fabuleux, pour cette Coupe du monde, réside dans l’affirmation nette, claire, éclatante et revendiquée de la France, de son unité et de son identité, de la part de tous les joueurs sans exception. Qu’on garde en mémoire les propos d’Antoine Griezmann disant qu’il faut “être fier de la France”, de Kylian Mbappé proférant, avec une sincérité évidente, qu’il voulait “tout donner pour la France”, cette “Marseillaise” chantée par tous les joueurs. La France proclamée, et avec quelle vigueur, est une réponse implicite à toutes les terreurs et massacres qui ont cru l’anéantir. On sort du flou sociologique qui ne pouvait que désespérer parce que condamné à l’échec pour revenir dans la vérité d’un pays, d’une cause ancrée, enracinée, décisive, éternelle.

Extrait de : Justice au Singulier

À lire aussi

L’envie, le ridicule et puis… la dignité !

Michèle Bernard-Requin, actuellement en soins palliatifs, a, dans un mouvement inouï du cœ…