« Plus rien ne sera jamais comme avant », nous assène-t-on à longueur de journée et à la faveur de l’épidémie. Il est licite de se montrer sceptique sur la question.

Ce, d’autant plus que cette situation de crise met plus encore en relief l’acuité d’autres crises n’en finissant plus de diviser la société française : celle des gilets jaunes ne demande qu’à ressurgir ; celle des personnels hospitaliers, des forces de l’ordre, de l’armée aussi. Tout cela tient à peu près aujourd’hui parce que nombre de Français font bloc.

Dans Le Parisien de ce dimanche 12 avril étaient ainsi mises en valeur nombre d’initiatives individuelles : restaurateurs aux établissements fermés, mais persistant à régaler médecins et infirmières, chauffeurs de taxi transportant gracieusement ceux qui nous soignent, petites entreprises ou simples particuliers s’improvisant fabricants de ces masques qui font si cruellement défaut. Et c’est, bien sûr, sans oublier ceux qui continuent de faire tourner ce qui demeure de vie économique. Ces héros de l’ombre sont généralement des cols bleus, livreurs, caissières, petits commerçants ; bref, ceux qui ne peuvent exercer leur profession en télétravail et qui s’exposent plus au virus que les confinés.

Même Alain Minc, en un éclair de lucidité, en convient dans les colonnes du magazine Challenges : « On a réinventé un clivage de classe entre les gens qui exercent un travail physique et ceux qui peuvent télétravailler. » Et le même, évoquant « le monde d’après », d’affirmer : « Les mêmes problèmes se posent dans tous les pays, et tout le monde passera par cette revalorisation des bas salaires. » Alain Minc en gilet jaune, qui l’eût cru ? Mais comment revaloriser ces derniers dans une logique de mondialisation effrénée et d’immigration galopante, phénomènes ayant pour but et/ou conséquence de tirer ces petits salaires vers le bas ?

Pour tout arranger, nombre de Français s’interrogent sur les mesures d’une possible et prochaine surveillance de la population par le biais de leur téléphone. C’est dire si, en cette époque de suspicion généralisée, le président du MEDEF, , n’a peut-être pas choisi le moment opportun pour déclarer : « Il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire. »

Tout cela peut s’entendre. Seulement voilà, le patron des patrons – enfin, celui des géants du CAC 40 et non point celui des artisans et des entrepreneurs, premier employeur de France – oublie de préciser si ces préconisations sont d’ordre temporaire ou ont vocation à être plus pérennes. Un « oubli » ? En tout cas, une faille dans laquelle nombre d’acteurs politiques et sociaux se sont rués.

Laurent Berger, secrétaire général de la pourtant très consensuelle CFDT, s’insurge : « C’est totalement indécent. Aujourd’hui, les travailleurs, comme tout le monde, sont en train de payer le coût de cette crise. Ce n’est pas à eux de payer ensuite. » Quant à Olivier Faure, premier secrétaire du PS : « Ce n’est pas à ceux qui sont en train de faire tenir ce pays debout de payer l’effort de guerre. » Et la CGT d’exiger « la suppression immédiate des dividendes… » Répartition entre revenus du capital et du travail, on n’en sort décidément pas. D’ailleurs, même Challenges, journal pas exactement connu pour son collectivisme militant, d’emboîter le pas de la CGT : « Il faudra bien que ce fameux “capital” en passe par une baisse de ses rémunérations au profit du travail. »

Et Marine Le Pen, interrogée par LCI, ce dimanche dernier, de conclure : « Il faut que M. de Bézieux comprenne que l’économie n’est pas une espèce de but à part dans la vie. […] S’il veut accélérer le déconfinement, il n’a qu’à mettre autour de la table ces grandes entreprises du CAC 40 pour se mettre à disposition du pays et fabriquer des masques, des gants, des tests et des surblouses. »

Il est un fait que…

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