Les conversions se comptent souvent parmi les élites

Depuis quelques mois, la situation est très tendue, en Algérie, entre le gouvernement et les chrétiens : fermetures arbitraires d’églises, arrestation pour détention de bibles dans leur coffre…

Comment en est-on arrivé là ?

Mohammed-Christophe Bilek, ancien musulman converti au christianisme, met en cause une loi du gouvernement promulguée il y a quelques années. Pour autant, les conversions progressent.

La relation est très tendue, depuis novembre, entre le gouvernement algérien et les chrétiens. De nombreuses églises sont fermées de manière arbitraire. Des gens se font arrêter pour avoir des bibles dans leur coffre. Pourquoi ce regain de tension entre l’État algérien et la communauté chrétienne de ce pays ?

Tout cela est dû à une loi promulguée par le président actuel en 2006 et mise en application en 2007. Elle a toujours été là pour refuser les demandes d’ouverture d’églises ou de construction. La plupart des églises sont fermées. Il y en a six, dont une crèche, une bibliothèque et une librairie tenues par des chrétiens autochtones.
Tout cela a été fait dans le cadre de cette loi. Elle interdit, évidemment, d’ébranler la foi d’un musulman d’une façon ou d’une autre. Elle indique, surtout, qu’il faut l’accord des autorités pour l’ouverture et pour l’exercice du culte non musulman dans ces établissements.
À partir du moment où la loi prévoit des conditions d’hygiène et d’architecture, il est très facile de fermer des églises de maison ou de garage.

Comment la communauté chrétienne vit-elle en Algérie, qui reste tout de même un pays laïc ?

Pour ce qui est des conversions ou des acceptations de la religion chrétienne, on considère qu’il y a une progression de 8 %. Il ne faut cependant pas exagérer ce pourcentage, car si je fais le calcul, il faudrait 100 ans pour avoir 0,3 % de chrétiens au sein de la population.
Ce n’est pas vraiment cela qui peut faire peur aux autorités religieuses musulmanes. En revanche, les conversions se comptent souvent parmi les élites, même si elles touchent aussi de simples gens qui n’acceptent plus l’islam.
Beaucoup ne disent pas qu’ils se convertissent, sinon ils sont considérés comme apostats et, dans ce cas, éviter la peine de mort est déjà beaucoup. Ceux qui parlent et qui contestent l’islam rigoriste sont des écrivains et des journalistes. Le plus connu est évidemment Kamel Daoud, mais il y en a d’autres. Ils remettent en question cette propension de l’islam, depuis quatorze siècles, à régenter la liberté de conscience. C’est, finalement, cela qui est remis en question.
Outre les chrétiens, d’autres se sont aussi opposés à cela. Il y a les ibadites, première secte musulmane apparue au VIIe siècle, peu après la mort du prophète de l’islam. Il y a aussi les armadites, apparus au XVIIIe siècle du côté du Pakistan et de l’Inde.
On nous impose une mise au pas, tout en prétendant être capable de gérer le salafisme et le wahhabisme, c’est-à-dire l’intégrisme qui menace la paix civile en Algérie depuis dix ans.
On leur a peut-être fait des injonctions. Il ne faut pas oublier que, bien qu’on ne parle pas de magistère en islam, il y a quand même des autorités. Les Corans musulmans ne viennent jamais du Maghreb, mais sont toujours venus d’Orient. L’Algérie doit montrer patte blanche, et qu’elle est aussi musulmane que les autres.
En ce qui concerne la laïcité, n’oublions pas que cet héritage vient de la France. C’est grâce à cet héritage laïc que le christianisme a pu se développer. Cette séparation de l’Église et de l’État a, certes, joué en la défaveur de l’Église catholique en France comme en Algérie mais a, en revanche, favorisé l’émergence de cette liberté de conscience par rapport à l’islam.

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