En France, « le s’est tellement banalisé qu’il est aujourd’hui consommé comme le tabac et l’alcool ». Conclusion : « En organisant sa vente, l’État, par le biais des taxes et des impôts, s’assurera d’importantes rentrées d’argent qui lui échappent aujourd’hui. » Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il fallait y penser. Après avoir aliéné ses instruments de souveraineté à Bruxelles, l’État français doit trouver à se reconvertir. Désormais, il taxera les automobilistes et les consommateurs d’herbes hallucinogènes. L’État dealer pourra ainsi financer ses radars.

Cette géniale idée vient de Pierre Bédier, président () du conseil départemental des Yvelines, professionnel de l’impolitique dont on aura rapidement oublié le passage au secrétariat d’État aux prisons (de 2002 à 2004) mais pas sa condamnation, en 2006, à 18 mois de prison avec sursis, 50.000 euros d’amende et six ans d’inéligibilité pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Mais tout de même ! Là où l’on mesure l’influence délétère de la gauche sur cette droite purement nominale est que cette proposition fait des émules : , Nathalie Kosciusko-Morizet, voire Alain Juppé qui préconiserait la contraventionnalisation – sorte d’entre-deux hypocrite entre dépénalisation et légalisation.

Entendons-nous bien. L’usage de substances psychoactives qu’un poète inspiré baptisait du doux euphémisme de « paradis artificiels » ne date pas d’hier et les conduites sociales à leur égard sont variables d’une culture à une autre. Ainsi, le peyotl fait-il l’objet d’un culte dans certaines sociétés amérindiennes quand sa consommation est strictement prohibée en France.

Or, les pouvoirs publics français et – sauf exception – européens ont toujours adopté une attitude des plus répressives vis-à-vis des stupéfiants au sens large. Ici, l’échelle des valeurs est moins directement appendue à une morale sociale qu’à une anthropologie particulière expliquant, par exemple, que sous nos contrées, n’importe quel nectar alcoolisé – jusqu’à l’absinthe, longtemps interdite en France – ou l’herbe à Nicot, en dépit de leurs effets addictifs médicalement constatés, fussent davantage considérés comme des marqueurs d’un art de vivre que comme purs objets de réprobation – encore que l’hygiénisme maternant ambiant soit de moins en moins tolérant en ce domaine.

Aussi, quand une certaine gauche libertaire réclame des « salles de shoot », antichambre d’une dépénalisation future, ouvre-t-elle dangereusement et inconséquemment la boîte de Pandore. La consommation, dans un cadre supposément « hygiénique », de crack, d’ecstasy ou d’héroïne n’est nullement commensurable à celle d’un saint-émilion, d’un havane et autres Gauloises.

Surtout minimise-t-elle le fait qu’en amont de l’usager, dans les recoins des halls d’immeubles ou les sanctuaires illégaux de certaines cités sensibles, une véritable industrie mafieuse, entre caïdat, et cartels colombiens, réalise de substantiels bénéfices – à lui seul, en 2010, le cannabis aurait généré pas moins de 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, selon le dernier rapport de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la .

En l’occurrence, comme le souligne Jean-Paul Gourévitch (dans un ouvrage que nous recenserons bientôt en ces colonnes), ce fructueux marché de la drogue nourrit-il le vivier du terrorisme, cet « islamo-business » voulant « mettre à genoux l’ennemi commun, c’est-à-dire le monde occidental capitaliste et mécréant », non en s’opposant « frontalement à la société de consommation, mais en s’y faisant une place en utilisant les niches existantes. Puis d’y répandre progressivement son venin en tirant parti des crises qu’il provoque. » C’est dire que, contre les drogues dures, entre relativisme et hygiénisme, existe une voie médiane réaliste excluant toute molle.

15 novembre 2016

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