Ceux qui n’attendaient pas grand-chose du premier débat entre et n’ont pas été déçus. Quant à ceux qui en attendaient quelque chose, ils ont dû l’être tout autant, chacun ayant campé sur ses positions. Trump pensait faire craquer son challenger démocrate : en vain ; tandis que Biden empruntait le vocabulaire et le style de son adversaire républicain, le traitant de « clown » et lui intimant l’ordre de « la fermer », ce qui n’a pas aidé à rehausser le niveau de cette soirée.

Dans ce jeu à somme nulle, c’est encore l’actuel président qui s’en sort le mieux parce que demeurant le plus crédible. Lui, au moins, croit en ce qu’il dit et ce qu’il entend représenter, alors que Joe Biden n’est jamais qu’un candidat par défaut, au contraire d’un Barack Obama qui, lui, incarnait véritablement l’autre Amérique, celle des côtes est et ouest, contre celle du milieu, celle de Donald Trump. Les élites méprisantes contre le peuple méprisé ; on n’en sort pas, on n’en sort plus.

Étonnant personnage, que ce Donald Trump… Qui a dû lire assez peu de livres dans sa vie, mais qui comprend mieux que d’autres la véritable nature des enjeux politiques actuels, en allant mener la guerre chez l’adversaire là où ça fait le plus mal.

En effet, là-bas comme ici, le pays vit sous la tyrannie des juges, avec une Cour suprême dictant l’ordre progressiste ; à l’instar de nos Conseils, d’État et constitutionnel et autre Cour européenne des droits de l’homme. Et c’est précisément en cette instance sans légitimité démocratique – ses membres sont désignés par le président et non point élus – qu’il porte le fer en nommant la très conservatrice Amy Coney Barrett en lieu et place de Ruth Bader Ginsburg, l’icône des CSP+ locaux.

L’autre bastion rival, c’est évidemment cette école devenue, depuis les années 60, la chasse gardée du gauchisme universitaire, avec repentance et haine de soi à tous les étages. Alors qu’en France, la droite dite de « gouvernement » n’a jamais osé toucher à ce fief, Donald Trump met les pieds dans le plat en imposant une « éducation patriotique ». Tel qu’il se doit, ça hurle, les propagandistes n’appréciant guère la contre-propagande.

D’ailleurs, il n’hésite pas, à l’occasion de ce même débat, à briser le tabou ultime : les fameuses « organisations d’extrême droite » qu’il refuse de condamner, leur demandant même de se « tenir prêtes » le cas échéant, alors qu’au passage, il s’en prend avec virulence à leurs homologues d’extrême gauche.

Parmi les mouvements censés être « prêts », les Proud Boys, dont le fondateur, Gavin McInnes, affirme : « Je veux de la violence, je veux des coups de poing au visage. Je suis déçu que les partisans de Trump n’aient pas suffisamment frappé. » Atmosphère… On imagine qu’en France, tout cela devrait semer la consternation dans une sphère médiatique très modérément trumpophile.

Ce, d’autant plus que Gavin McInnes n’a rien de l’électeur républicain de base, ce redneck assidu au temple, arborant casquette de baseball et chemise à carreaux. Bien au contraire, cet Anglo-Britannique est l’un des fondateurs du mensuel Vice, organe de la branchitude urbaine et fer de lance de la mode hipster. Voilà qui est nouveau.

Ce qui l’est tout autant, c’est ce président qui ose disputer la rue à ceux qui entendent en avoir le monopole et qui renvoie ses ennemis à leurs propres contradictions, eux qui encouragent la violence donnée pour « légitime » des Black Lives Matter tout en condamnant celle, dénoncée comme « illégitime », de ceux qui estiment que les White Lives, ce n’est pas de la drouille non plus.

Ou quand un cynisme répond à un autre cynisme. Cela aussi s’appelle faire de la politique. Et malgré des apparences parfois trompeuses et un style pour le moins particulier, Donald Trump sait faire de la politique.

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