Conférence de presse sur la présidence française de l’Union européenne, un discours de précampagne électorale ?

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« Relance, puissance, appartenance ». La liste à la Prévert des nombreuses et présomptueuses priorités annoncées autour de ce triptyque par Emmanuel Macron, ce 9 décembre, en vue de la prochaine présidence française de l’Union européenne énonce ce qu’il prétend réaliser ou initier durant six mois - au mieux quatre, selon les résultats de l'élection présidentielle française. On a eu droit à un long et fastidieux discours à la (dé)mesure de son sentiment d’importance personnelle, qui agace ses collègues européens et nombre de ses concitoyens.

Un choix éthique et loyal envers son possible successeur qu’il engagera par ses initiatives, et envers les autres pays membres instrumentalisés par un agenda électoral personnel, aurait consisté à reporter la présidence française de l’Union européenne. Mais l’occasion était trop bonne pour Emmanuel Macron de pousser à l’international des dossiers brûlants de son programme de mondialisation en marche forcée, pour relancer le processus d’intégration mondiale par l’intégration régionale ; de l’intégration régionale par la désincarnation nationale. Car ne nous y trompons pas : l’affirmation d’une Europe en apparence plus forte et souveraine n’est qu’une nouvelle étape vers le dépouillement des attributs de souveraineté des États-nations et l’achèvement du nouvel ordre mondial.

Or, depuis l’époque encore récente de l’adolescence de notre Président, les pays européens ont clairement renoncé au projet d’une Europe puissance au profit d’une protection étrangère sous le parapluie géostratégique états-unien via l’OTAN, certes déclinant, plus récemment sous la dépendance économique chinoise, et au profit de l’Europe des régions qui déconstruit les nations, sous la direction d’instances technocratiques désincarnées sans légitimité populaire. Une manière, pour ce jeune communicant-manipulateur déjà chevronné, de forcer le choix collectif par l’injonction de cohérence et de continuité. L’appartenance floue invoquée, forcément disputée, se substitue à celle, claire et indiscutable, d’identité autour de valeurs partagées.

En effet, l’invocation d’une « Europe plus souveraine capable de maîtriser ses frontières » pourrait laisser croire à un auditeur peu attentif ou crédule qu’il s’agit de réduire le volume incontrôlé des flux migratoires et d’y appliquer des critères de sélection, pour une immigration maîtrisée parce que choisie et responsable. Or, on sait bien qu’il s’agit au contraire d’ouvrir en plus grand les vannes d’une immigration indifférenciée et indifférente : un programme clairement annoncé lors de sommets internationaux comme celui de Marrakech dont le Pacte, adopté en 2018, signé par Macron au nom de la France, sans l’avis des Français.

Sans surprise, ce qui ressort donc clairement de cette conférence de presse préélectorale non avouée, avec quelques allusions dévalorisantes contre son principal opposant, Éric Zemmour, c’est que ce florilège d’incantations sur tous les sujets de société (hormis la sécurité, commodément évacuée) vise clairement à promouvoir l’Europe supranationale en France, non de préserver les spécificités nationales en Europe, celles de la France ni celles d’autres nations attachées à leur culture et à leur patrimoine. « Peut-être que la politique de la France changera mais à coup sûr la France restera la France », déclare sans la définir le champion de l’ambivalence. Comme dans tous les domaines depuis bientôt cinq ans pénibles dont on voit enfin approcher le terme, chacun y comprendra ce qu’il pourra, ou voudra.

À l’évidence, cette conférence nationale sur un sujet international est, de fait, un exercice qui ne dit pas son nom de précampagne électorale. Autour du mantra d’unité et de l’insupportable, car indéfinissable, « vivre ensemble ». L’occasion, par des questions complaisantes de journalistes enamourés de médias triés sur le volet de la bien-pensance peu critique, de présenter sur un ton mielleux de confidence un bilan personnel enjolivé sur l’emploi ou sur les mesures sanitaires, avec des digressions éloignées de la présidence de l’Europe.

On peut penser que de nombreux citoyens européens attachés à leurs intérêts nationaux ne seront pas dupes et ne se retrouveront pas dans ce programme français. Reste à relativiser la capacité de nuisance de Macron le temps d’une si courte présidence. On voit mal ce qu’il pourrait mieux réussir à l’échelle européenne de ce qui ne fonctionne pas et crée la discorde dans le pays qu’il dirige.

Jean-Michel Lavoizard
Jean-Michel Lavoizard
Ancien officier des forces spéciales. dirige une compagnie d’intelligence stratégique active en Afrique depuis 2006

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