Lorsque entame son premier mandat présidentiel, au matin du 1er janvier 2000, le pays est en lambeaux, laminé par 70 ans de communisme et une décennie de pillage en bande organisée sous la coupe de Boris Eltsine et son clan.

Washington pilote la politique internationale du pays, l’oligarque Boris Berezovsky en dirige l’économie et les gangs tchétchènes sèment la terreur dans Moscou.

Ancien judoka, Poutine s’appuya sur le sport pour redresser les Russes, les sortir de la torpeur dans laquelle un siècle d’immobilisme les avait plongés, et redonner à la nation les symboles d’unité intérieure et de prestige extérieur qu’elle avait égarés. De gigantesques programmes de sport scolaire furent lancés, dans la foulée de campagnes nationales pour lutter contre l’alcoolisme et le tabagisme.

Les oligarques furent invités à renflouer financièrement les fédérations sportives et à récupérer les clubs de football qui étaient tombés dans de mauvaises mains. Alors qu’elles avaient quasiment disparu des programmes, les chaînes sportives ont mis en lumière des disciplines de plein air dans lesquelles les Russes excellent, telles que le biathlon, pour redonner aux téléspectateurs le goût de l’effort et des grands espaces. Parallèlement à cette entreprise de redressement national par le sport, la Russie s’est démultipliée à l’arrière-cour, dans la zone grise des instances internationales, où se situe le véritable pouvoir du sport mondial.

En 1980, le KGB avait réalisé le coup de maître de placer l’ancien ambassadeur d’Espagne à Moscou, Juan Antonio Samaranch, à la présidence du Comité international olympique, avantage stratégique dont la Russie bénéficia vingt années durant, au sein de la gigantesque sphère d’influence que représente l’olympisme à travers le monde.

C’est à cet effet que les réseaux (officiels et officieux) du Kremlin se démènent, aujourd’hui, pour couronner et remplacer les dirigeants des instances internationales majeures. De nombreuses fédérations sportives – notamment la quasi-totalité des disciplines d’origine militaire – sont, aujourd’hui, pilotées par des ressortissants d’anciennes républiques communistes.

Lorsqu’elle n’est pas présente dans l’instance dirigeante, la Russie exerce un pouvoir d’influence via la sponsoring. Ainsi, le géant Gazprom est, aujourd’hui, sponsor majeur de l’UEFA, et la banque d’État VTB principal partenaire de la Fédération internationale d’athlétisme, dont la présidence avait échappé à Sergueï Bubka, candidat officieusement soutenu par Moscou. Cette position majeure au sein de la sphère sportive confère à la Russie une place centrale sur l’échiquier diplomatique et géopolitique et lui permit de décrocher l’organisation de nombreux événements sportifs planétaires, notamment les Jeux olympiques d’hiver 2014 et la Coupe du monde de football 2018.

Ce pays-continent qu’un demi-siècle de films d’espionnage avait dépeint comme une terre obscure et un peuple hostile à l’Occident put, ainsi, dévoiler au monde la beauté de ses paysages, la qualité de ses infrastructures, la diversité et le dynamisme de son économie, ce qui se traduit, aujourd’hui, par un immense attrait des capitaux étrangers pour les programmes d’investissement développés sur le territoire russe, notamment dans le domaine du numérique. En vingt ans de règne, Vladimir Poutine a redonné à la Russie éternelle une allure impériale.

Si rien n’est venu perturber l’ancrage traditionnel autour de l’héritage culturel slave et des valeurs de la religion orthodoxe, une nouvelle classe sociale a émergé, entrepreneuriale, diplômée et connectée, anglophone et ouverte sur le monde.

La Russie regarde à nouveau les États-Unis dans les yeux, fait des clins d’œil à la Chine, murmure à l’oreille de l’Iran, joue les grands frères en Syrie et, pas rancunière, se présente plus que jamais comme un bouclier anti-Erdoğan pour l’.

11 novembre 2020

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