Il était une fois des éleveurs de porcs se réveillant avec gueule de bois d’anthologie, après cuite historique. Les pauvres, depuis des décennies, ont cru à ce que leur promettaient hommes et femmes politiques. Ainsi, durant les années 70 du siècle dernier, il fallait « remembrer », se « restructurer », se « moderniser » et, surtout, s’endetter auprès d’un Crédit agricole soutenant alors nos et éleveurs, telle la corde le pendu.

Tout épatés qu’ils étaient d’entrer dans la modernité, nos chers paysans ont mordu à l’hameçon. Il fallait une moissonneuse-batteuse plus performante que celle du voisin, un tracteur à six vitesses, alors que celui du péquenaud d’à côté n’en alignait que quatre.

Il fallait encore égaler les records de productivité et de compétitivité de leurs homologues américains et capitalistes ; sans compter les autres, russes et socialistes. Et c’est ainsi que la terre nourricière se trouva infestée de produits chimiques, d’insecticides. Autrefois, en France, il y avait près d’une quarantaine d’espèces de blés ; il n’en reste plus que deux ou trois aujourd’hui.

Dans ce désastre libéral et technocratique programmé, il fallait aussi faire du ménage. D’où la disparition planifiée de toutes ces bestioles plus ou moins ragoûtantes : lombrics, papillons, abeilles, mulots, etc. Mais qui, toutes, à leur humble rang, participaient à la bonne ordonnance de ce jardin divin servant, entre autres finalités, à embellir nos paysages et à emplir nos estomacs.
Aujourd’hui, nos amis les cochons, hier défendus par des « Bonnets rouges » et désormais par des « Bonnets roses »… La belle affaire ! Après la tristement célèbre « Ferme des mille vaches », à quand celle du « Mouroir aux trois mille porcs » ?

Du temps de mon service militaire, les pioupious s’en allant jeter leur gourme entre les cuisses des filles de joie se gouraient parfois d’entrée. Maintenant, ce sont nos éleveurs qui, de bonne foi, se trompent de combat, persistant à se coucher devant les diktats bruxellois. Élever truies et verrats dans une cage de deux mètres carrés d’où ils ne verront jamais le soleil ? Les gaver de saloperies ? Les empêcher de vivre une digne vie de cochons ? Et tout cela pour complaire, au passage, aux oukases de la grande distribution ? Contraints ou pas, résignés ou non, ils signèrent des deux mains.

Alors que la révolution, la grande jacquerie pourraient être à portée de main, qu’exigent les énervés en question ? Pas une grande remise à plat d’un système inique, et encore moins une refonte économique globale : ces margoulins se contentent seulement d’exiger une éventuelle réévaluation du prix du porc, estimant que la survie de la profession serait assurée si l’on passait d’un prix de 1,07 euro le kilo de cochon à 1,50…

De fait, il n’est pas anodin d’apprendre que les Bonnets roses en question, outre que d’exiger des filières "Made In France" - ce qui ne mange jamais de pain -, puissent se contenter d’une "restructuration de la filière". Bref, là où il s’agirait de tirer la nappe et de renverser la table, on se contente de remplacer la salière et de souhaiter bon appétit à ceux qui les affament ; les mêmes qui nous empoisonnent.

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14 janvier 2016

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