Vous sortez un opuscule sur le médiatique Yann Barthès, animateur de « Quotidien » et anciennement du « Petit Journal » de Canal+, Yann Barthès, le ricanement au Quotidien. Chronique d’une imposture. Pourquoi ce coup de projecteur ?

En une époque à ce point marquée par le politiquement correct, nous lançons la collection Désintox qui, comme son nom l’indique, est un antidote à l’empoisonnement permanent par le politiquement correct de la majorité des médias de grand chemin du monde libéral-libertaire. La collection veut réintroduire une bouffée d’oxygène dans l’atmosphère confinée du paysage audiovisuel français. Pour cela, la collection pratique « l’effet vampire ». Pour faire disparaître le vampire médiatique du politiquement correct, rien de mieux que de l’exposer à la lumière : il disparaît.

Que reprochez-vous à cet animateur, particulièrement ?

À l’individu, rien de particulier, il suit sa pente, dans le sens de ses intérêts. « Quotidien » est une émission phare du groupe TF1/TMC, je ne pense pas qu’ils la maintiennent à une heure de grande écoute pour le plaisir mais simplement parce qu’elle offre un « temps de cerveau disponible pour les annonceurs », comme le revendiquait le dirigeant de TF1 Patrick Le Lay. La minorité médiatique libérale-libertaire défend son quasi-monopole, le public suit en partie parce que c’est une heure de grande écoute, mais aussi parce que l’émission est dans l’air du temps.

Yann Barthès, c’est un peu la survivance de l’esprit Canal. L’esprit ironique et irrévérencieux. Est-ce que cet esprit survit aux ravages du temps ?

Un esprit ironique en apparence, seulement. Dur avec les faibles, doux avec les forts. Si le format se veut incorrect, il incarne le style et les valeurs d’une certaine bourgeoisie ricanante, championne de la dérision. Si la liturgie est hybride, le catéchisme libéral-libertaire est assené de manière orthodoxe, quitte à faire avaler une marchandise avariée aux fidèles consentants. Les ravages du temps peuvent s’altérer ou se concentrer. Avec « Quotidien », c’est la morgue, le vide, le faux, tout cela au carré, en quelque sorte un concentré.

Pour vous, il incarne le vide, le faux et le ricanement, rien que ça ! N’avez-vous pas peur de faire une « fixette » ?

Nous vivons une époque d’« adulescents » dont l’émission est très représentative. L’adulescent vit ses 14/18 ans de manière éternelle. Nous connaissons tous des adulescents centrés sur eux-mêmes, oublieux de toute dimension verticale, ils vivent un éternel présent sans passé. Voyageurs sans bagages, ils sont les victimes volontaires d’un monde infantile, spectateurs dociles d’une émission qui les conforte dans leur narcissisme. Lever le voile sur la supercherie est une mesure de salubrité.

L’adulescent vit ses 14/18 ans de manière éternelle. Nous connaissons tous des adulescents de 40, voire de 60 ans. Centrés sur eux-mêmes, sur la satisfaction immédiate de besoins primaires (« j’ai droit à tout, tout de suite »), oublieux de toute dimension verticale, ils vivent un éternel présent sans passé et avec un avenir limité à quelques semaines, voire à quelques jours. Voyageurs sans bagages, ils sont les gogos et les victimes volontaires et auto-désignées d’un monde infantile (et non pas enfantin, le regard qui garde une part d’émerveillement). Ils sont les spectateurs dociles et les objets d’une émission qui les conforte dans leur narcissisme.

Entretien réalisé par Marc Eynaud

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